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Ils ont dit de Dumas
Dominique Fernandez : « Dumas
est l'égal de Balzac et Hugo »
Pourquoi vous lancer dans
cette entreprise de réhabilitation de Dumas que constitue
votre essai ?
Dumas
est un écrivain qui n'est jamais étudié, ni
au lycée, ni à l'université. Il est considéré
comme un « rigolo », un auteur que l'on ne
peut prendre au sérieux. Même si de nombreuses biographies
lui ont été consacrées, mon livre est le premier
essai littéraire jamais publié sur lui en France.
Pour moi, Dumas est l'égal de Balzac et de Hugo, et je voulais
le faire savoir.
Pourquoi, selon vous, un tel mépris
envers Dumas ?
Parce qu'on le
lit à l'âge de quatorze ans et que l'on méprise
ensuite ce que l'on a lu à cet âge ! Pendant longtemps,
on a fait de même avec Don Quichotte
: on le lisait, enfant, en version abrégée et on ne
le lisait plus jamais par la suite. Des auteurs comme Swift ou Melville
subissent encore le même sort.
En outre, Dumas est victime du succès de deux ou trois
titres comme Les Trois mousquetaires,
qui sont effectivement spécialement adaptés à
des lecteurs adolescents. Alors que plein d'autres de ses livres
ne sont pas du tout particulièrement destinés à
de jeunes lecteurs.
Vous affirmez que la gloire de Dumas repose
sur deux traits : « la critique du pouvoir et de l'argent,
la sensibilité aux différences ». N'essayez-vous
pas, dans une certaine mesure, d'en faire un écrivain « politiquement
correct », selon nos critères actuels ?
Pas du tout ! Si j'insiste tout au long du livre sur le fait que
Dumas a un quart de sang noir, c'est parce que c'est un élément
très important pour lui, qui parcourt toute son uvre.
Quant à Monte-Cristo, c'est
bien une très violente critique des puissants.
Vous rééditez simultanément
chez Grasset deux romans de Dumas oubliés depuis très
longtemps. Comment les avez-vous choisis ?
J'ai retenu Catherine Blum car
c'est un roman à l'opposé des grands romans historiques
que l'on associe habituellement à Dumas. Le livre se passe
à son époque, dans sa province, avec un rendu scrupuleux
de la couleur locale. En outre, il s'agit probablement du premier
roman policier français, avec une enquête minutieuse
pour trouver le vrai coupable. L'autre, Jacquot
sans Oreilles, est l'un de ces romans russes qui constituent
une période passionnante de l'uvre de Dumas. On sait
qu'après ses grands voyages à travers la Russie, Dumas
a écrit cinq ou six romans qui s'y rapportent. Dumas avait
adoré la Russie et vice versa : il y a dans les deux cas
une extravagance, une démesure... Et la Russie continue à
l'adorer. On y prépare une réédition de l'intégrale
de son uvre !
Avez-vous d'autres projets dumasiens ?
J'ai en chantier un Musée idéal
de Dumas, en collaboration avec le photographe Ferrante Ferranti,
sur le même modèle que ce que nous avons déjà
fait chez Stock pour Stendhal et Zola. L'idée est de réunir
une centaine de tableaux et de statues que l'écrivain concerné
aurait aimé avoir chez lui. La reproduction de ces uvres
est accompagnée des propres commentaires de l'auteur. Dumas
a énormément écrit sur la peinture, la sculpture
: voyez Italiens et flamands,
Trois maîtres, ou ses textes
sur Delacroix. Ce livre pourrait sortir pour le bicentenaire de
Dumas, en 2002.
Propos recueilli par Patrick de Jacquelot
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