Monte Cristo
- Vendredi 29 novembre - 11h
Le discours d'Alain Gournac, Sénateur-maire du Pecq
es
chers amis,
Vous venez d'entendre l'éloge de notre ami Didier Decoin.
C'est lui qui, il y a un peu plus d'un an, proposa au Président
de la République l'entrée d'Alexandre Dumas au Panthéon.
C'est
lui qui demanda audience à Jacques Chirac, sollicitant l'aide
de Victor Hugo pour plaider la cause de l'auteur des Trois
Mousquetaires.
C'est lui qui, au nom de tous tes amis, Alexandre Dumas, alla demander
réparation.
Cette voix amie, chargée d'émotion, tu viens de l'entendre.
Elle s'est fait l'interprète de ces innombrables lecteurs
pour lesquels tu as écrit sans jamais les connaître
et cependant en les aimant.
Ecoute maintenant la voix de ceux qui n'ont cessé de te rendre
l'hommage que nos manuels scolaires t'ont toujours injustement refusé
:
Ecoute Lamartine, écoute Michelet, écoute Bainville,
Victor Hugo et George Sand, écoute Charles Nodier et Sainte-Beuve,
écoute Apollinaire, écoute Jean Cocteau, écoute
plus près de nous Jean Dutourd :
« Vous avez créé l'étonnement
perpétuel »
« Je vous aime et vous admire parce que vous êtes
une des forces de la nature »
« Dumas, ce colosse d'invention et de force »
« Aucune popularité en ce siècle n'a
dépassé celle d'Alexandre Dumas. Ses succès
sont mieux que des succès, ce sont des triomphes ; ils
ont l'éclat de la fanfare »
« Le Père Dumas n'a dû l'abondance de
ses facultés qu'à la dépense qu'il en a faite »
« Certes après Cervantès et la Sultane
Shéhérazade, vous êtes le plus amusant conteur
que je connaisse. Quelle facilité, quelle désinvolture !
Et quel bon enfant vous êtes ! »
« Je suis assuré de ne jamais mourir dans
la mémoire des hommes parce que j'ai été
l'ami de Dumas »
« Tout le monde connaît la verve prodigieuse
de Monsieur Dumas, son entrain facile, son bonheur de mise en
scène, son dialogue spirituel et toujours en mouvement,
ce récit léger qui court sans cesse et qui sait
enlever l'obstacle et l'espace sans jamais faiblir. Il couvre
d'immenses toiles sans jamais fatiguer ni son pinceau, ni son
lecteur. »
Ecoute, Alexandre Dumas, le poète se souvenir de tes romans
comme on découvre l'énormité de la mer et s'exclamer
: « Merveilleux Dumas ! ».
Ecoute son frère devant ton œuvre pourtant échevelée
déclarer : « On n'a jamais mieux natté l'imagination
et l'histoire ».
Ecoute l'un de nos académiciens donner la parole à
l'enfant inconsolable que nous n'avons jamais cessé d'être
: « Un des grands chagrins de ma vie est la mort de Porthos
dans Le Vicomte de Bragelonne
».
Parmi les innombrables admirateurs qui prirent la relève
de tes contemporains imaginais-tu que certains d'entre eux seraient
cinéastes et enseigneraient à des milliers de jeunes
spectateurs de par le monde l'insolence et l'amitié ?
Toi qui racontas l'Histoire de France en la rêvant, imaginais-tu
qu'un jour tu reviendrais à Port-Marly et que son Maire,
Philippe Genin, serait là pour t'accueillir, entouré
d'élus et de personnalités sérieux et graves
comme ils ne le furent jamais quand ils te lisaient ?
Toi dont Victor Hugo apprit la mort par les gazettes allemandes,
imaginais-tu qu'un jour le Président de la République
s'apprêterait à te rendre l'hommage solennel de la
France sur le parvis du Panthéon ?
Imaginais-tu qu'un jour, dans ta propriété de Monte
Cristo, les personnages que tu fis sculpter dans la pierre te veilleraient
?
Imaginais-tu que ton cabinet de travail, avec les quatre-vingt huit
titres que tu y fis graver, te serait une des plus belles stèles
funéraires dont un écrivain pût rêver
?
C'était la vie ici, tumultueuse et généreuse.
Celle dont Arthur Rimbaud n'eut sans doute jamais idée. Non
pas la vraie vie, désespérément absente, mais
à coup sûr la belle vie, la vie débordante.
Il ne reste plus que le murmure éternel des sources qui ruissellent
de la colline, ce murmure indifférent aux questions des hommes
et que tu écoutais les yeux fermés pour mieux l'entendre.
Ces yeux merveilleusement jeunes qui faisaient dire à ton
fils : « J'ai l'honneur de vous présenter Monsieur
mon Père, un grand enfant que j'ai eu quand j'étais
tout petit ».
Ces yeux sont définitivement fermés depuis longtemps.
Que pouvions-nous faire, pauvres mortels ?
L'homme n'a aucun pouvoir contre la mort. Contre l'oubli en revanche
il a un devoir, un devoir sacré.
Menacée de destruction par une opération immobilière,
« cette folie à la campagne », comme tu l'appelais,
doit sa survie à la ténacité et à l'amour
de « La Société de tes Amis », à
la persévérance aussi des élus du Pecq, de
Marly-le-Roi et de Port-Marly qui, alertés par eux, créèrent
un syndicat intercommunal et rachetèrent la propriété.
Tu n'as, Alexandre Dumas, jamais fermé la porte à
qui que ce soit, ce sont les dettes et le temps qui s'en sont chargés.
Tous ensemble, nous l'avons rouverte, grande ouverte.
Toi qui t'es battu contre le racisme, contre la peine de mort, contre
ces fermetures à double tour de l'esprit et du coeur, toi
qui as lutté pour la liberté des peuples, nous voulions
que, sur le chemin de Villers-Cotterêts à Paris, tu
prennes le temps de ce détour par les Yvelines pour constater
que nous avions tous bien compris que cette porte ouverte avait
chez toi, quotidiennement, force de symbole.
Demain la Garde Républicaine t'escortera jusqu'à Paris.
Pour l'heure, accepte que tous ceux que tu as fait rêver et
voyager franchissent le seuil de Monte Cristo et déposent
devant ton cercueil l'hommage de leur infinie reconnaissance.
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