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Titre Journal d’une Parisienne en voyage. Marie Giovanni.

Année de publication 1854 en feuilleton; 1855, collection Hertzel en Belgique; 1959, Livre club du libraire

Genre Impressions de voyage

Collaboratrice Louisa La Grange Callegari

Epoque du récit 1842-1854

Résumé La traversée de l’océan Indien, depuis l’île Maurice jusqu’en Nouvelle-Zélande, aura pris huit semaines à madame Giovanni, à son mari et à quelques passagers fortunés à bord du Pétrel, un trois-mâts.
Dès leur arrivée sur la terre ferme, Marie est séduite par l’exotisme de l’île et par les mœurs des Maoris qu’elle décrit avec moult détails, mettant beaucoup d’accent sur leurs accoutrements et sur les rapports très libres qu’entretiennent les femmes avec les colons blancs. Elle est à la fois charmée et gênée lorsqu’un Maori lui pince doucement les bras pour dire qu’elle serait délicieuse: les «naturels», comme elle les appelle, étant anthropophages.
Les relations de son mari, un spéculateur, lui ouvre les portes des riches propriétaires, servis par les forçats que leur envoie la mère-patrie. Elle nous explique comment ils peuvent se réhabiliter ou être suppliciés, en cas de nouveau méfait.
Les affaires étant les affaires, le couple s’embarque après deux ans pour l’Australie où le contraste entre les autochtones et les Maoris la frappe. C’est toutefois le climat qui l’impressionne avant tout. Au cours d’une expédition à dos de mule, les participants doivent à la hâte organiser un campement pour se protéger d’une tempête de neige. Marie sera bien contente de retrouver les douceurs d’une chambre bien chauffée.
Nouveau départ, cette fois pour le Nord de la Californie, afin de prendre livraison d’une cargaison de légumes destinée à la vente aux orpailleurs. Les longs délais à la douane entraînent l’avarie des marchandises: les Giovanni sont presque ruinés.
Marie décrit abondamment les nombreux incendies qui rasent les bâtiments de la ville, la plupart étant de bois.
Elle se rend compte que sir George, rencontré à bord de sa première traversée, l’a suivie jusqu’en Californie, sans mot dire, mais épris sans doute. D’abord importunée, elle parvient à se lier d’une certaine amitié distante, surtout après avoir été témoin de sa bravoure dans la lutte contre les flammes. Il lui fait le serment de ne plus l’ennuyer et s’en va poursuivre ses affaires à New York.
Pour les Giovanni, il faut repartir presque à zéro. Monsieur trouve une nouvelle spéculation en animant avec Marie une maison de jeu où les chercheurs d’or parient leurs pépites. Mais là où l’or brille et l’alcool abreuve, les coups de feu abondent. Après tout, on est au far-west, pas vrai?
Les Giovanni partent vers la rivière Sacramento où s’affairent les mineurs à la détourner sur de courtes distances pour en fouiller le lit au sas. Les campements sont le foyer d’affrontements. Celui organisé par M. Giovanni n’échappe ni aux bagarres ni aux jalousies.
Un jour, il faut bien renoncer à cette autre spéculation. Départ pour les îles Sandwich et sa capitale Honolulu.
Marie Giovanni a ses entrées au palais du roi Kamehameha IV et profite du luxe de ses propriétés, le temps de refaire ses forces. M. Giovanni l’informe toutefois qu’une nouvelle spéculation à haut risque l’oblige à la faire rentrer seule à Paris. Le chemin le plus court consiste à traverser l’Amérique du Nord par le Mexique.
Elle débarque à Acapulco pour faire route vers Mexico. Le périple sera émaillé d’embuscades tandis que le pays est déchiré par la guerre civile. Mme Giovanni n’est pas très tendre à l’endroit des Mexicains, même si elle décrit avec une certaine bonhomie le pittoresque de leur sens de la fête et leur vénération de la Vierge de Guadeloupe. Son journal s’achève ainsi.

Analyse «Dans ce récit, dont la forme seule m’appartient, j’ai respecté scrupuleusement, quant aux faits, aux jugements, aux réflexions, et souvent même aux traits d’esprit, le sens des notes et des documents que m’a fournis l’intrépide voyageuse», écrit Dumas dans une note au lecteur en guise de présentation.
La forme, il l’aura travaillée sans l’ombre d’un doute. Presque à chaque page, on reconnaît sa plume rythmée, souvent amusée, même dans les scènes les plus dramatiques, comme la pendaison de condamnés où les scènes de combat. On croirait à du Leone avant la pellicule.
Mais qui Dumas a-t-il caché sous le pseudonyme de Mme Giovanni? L’énigme a fait l’objet de moult conjectures. Elle a été définitivement percée en 2013 par le chercheur néozélandais Douglas Wilkie. Il s’agit de Louisa La Grange Callegari, une escroc croqueuse de diamants condamnée à la déportation pendant dix ans par un tribunal de Londres. Wilkie se fonde sur deux preuves
D’abord, la famille La Grange fréquentait Lamartine et Girardin, l’éditeur du journal dans lequel Dumas publiait une bonne partie de ses romans en feuilletons. Louisa était donc familière des salons où elle jouait du piano et avait ses entrées auprès de Dumas.
Ensuite, en dépouillant les archives judiciaires et portuaires de Londres, Aukland et Sydney, Wilkie en a retrouvé la trace tout au long du parcours qu’elle décrit dans son Journal, même si elle multiplie les alias. Il était assez facile de se refaire une identité dans ces terres lointaines. Ses recherches sont publiées pour la première fois en français dans Cahiers Alexandre Dumas no 49.
Et au bout de tout ça, que reste-t-il? Un ouvrage de Dumas qui se lit avec beaucoup de plaisir même s’il n’y a pas d’intrigue, le fil conducteur étant le regard curieux d’une escroc mondaine en pleine pérégrination dictée par des événements sur lesquels elle n’a eu aucune emprise. Son journal, un diamant brut, Dumas a su le tailler pour en faire briller les multiples facettes.

Rudy Le Cours

Mai 2023

© Société des Amis d'Alexandre Dumas
1998-2010
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