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Un Gil Blas en Californie
Titre
Un Gil Blas en Californie
Année de publication
1852
Genre
Récit
de voyage
Collaborateur(s)
Bénédict
Revoil
Epoque du récit
1849-1850
Résumé
En
juillet 1851, à Enghien, le propriétaire de l’Hôtel
du Cheval-Blanc présente à Alexandre Dumas un
voyageur de vingt-six ans, au teint bruni par l’Equateur
qu’il vient de franchir quatre fois. Dans une lettre qui
précède le récit, l’écrivain
propose à son éditeur, le journal de voyage du jeune
aventurier, «très peu revu, très peu
corrigé et pas du tout augmenté».
En France où l’ouvrage manque, il n’est question
depuis 1848 que des mines de Californie : les hommes du Capitaine
Sutter viennent de découvrir, en creusant la terre
pour construire un moulin, que celle-ci est parsemée de
paillettes d’or.
Le narrateur, berné par une Société Mutuelle qui
promet transport, nourriture et maison en bois à l’arrivée,
s’embarque pour le nouveau monde en compagnie de cent
cinquante passagers, dont quinze femmes animées par des
ambitions variées. Les sociétaires, bien
souvent obligés au cours du voyage de mettre la main à la
poche pour compenser la pénurie de sucre, de café,
de rhum, d’eau-de-vie et de thé, ne se verront pas
attribuer à l’arrivée la plus frêle cabane.
Après cinq mois de navigation de Nantes à Valparaiso,
première escale après le passage du cap Horn , le
navire touche enfin San Francisco ; San Francisco, ville
déjà extravagante avec sa justice approximative,
ses cafés chantants, ses maisons de jeu où l’on
engage l’or extrait la veille, puis sa montre ou sa chaîne
quand on a plus de lingots. Tout se vend à prix exorbitant.
Les affaires des épiciers, des aubergistes et des boulangers, des
modistes et des blanchisseuses accourus de toute l’Europe,
sont prospères.
Parfois tout un quartier, maisons et rues aux pavés
de bois, disparaît dans un incendie. D’éclatants
feux de Bengale couronnent le spectacle, quand les flammes atteignent
les dépôts de rhum et d’esprit de vin. Le lendemain, le
désastre assure une fortune précaire aux déménageurs
et aux propriétaires de magasins d’alimentation épargnés
par le sinistre. Et puis «tout habitant de la Californie
brûlé a payé ses dettes. Même ses dettes
de jeu».
Véritable Gil Blas (allusion au héros du roman
de Le Sage formé par ses aventures successives qui se déroulent
sur une longue période en Espagne), le héros de l’histoire
se fera tour à tour portefaix, chercheur d’or, chasseur
de daims, chasseur d’ours, garçon d’hôtel,
marchand de vin et second à bord du bâtiment sur lequel
il est revenu de San Francisco, par la Chine, le Bengale et le
cap de Bonne-Espérance. Le temps d’amasser en ville
assez d’argent pour s’acheter
pelles, pioches, piques et buttées, les outils indispensables
du chercheur d’or et le « Gil Blas » se
dirige vers le San Joaquin, puis la Sierra Nevada.
La déception ne tarde pas à s’emparer de ceux
qui, partis en Californie avec l’intention de se faire mineur,
de chercher, fouiller, recueillir l’or de leurs mains, ne
trouvent, après d’harassantes journées de travail
qu’un peu de terre rougeâtre.
Pour le jeune Français - et pour le lecteur
- ces péripéties sont vite éclipsées par
de nouvelles aventures. Avec l’un de ses compagnons il s’associe à un
Mexicain, ancien chasseur d’ours et de bisons, rescapé de
mille dangers, pour «battre les prairies» où l’herbe
atteint jusqu’à dix pieds.
De temps à autre, le glapissement des
chacals ou l’irruption d’un serpent à sonnettes
vient rappeler que l’on ne se trouve pas au paradis terrestre.
Les trois hommes débusquent, dans les forêts
encore préservées, assez de cerfs, d’élans,
de chevreuils, de lièvres et de perdrix huppées pour
se nourrir et vendre au prix fort ce qu’ils parviennent à ramener
en ville. De quoi songer à se lancer dans le commerce, avant qu’un incendie n’engloutisse
le logement, la malle, les économies et les espérances
de «Gil Blas»…
Analyse
Alexandre
Dumas, qui n’a jamais franchi l’Atlantique, restitue
une Amérique d’emprunt assez plausible, sans violence
extrême. Pour la documentation historique il s’appuie
ouvertement sur l’ouvrage de Gabriel (?) Ferry, auteur d’une
Description de la Nouvelle-Californie,
notamment pour évoquer
les combats acharnés que se livrent, pour la possession
de ce territoire, le Mexique et les Etats-Unis, avant que ces derniers ne
s’en portent acquéreurs pour la somme de quinze
millions de dollars.
Dumas n’a certes pas imaginé la
création de la Silicon Valley, mais dans la conclusion
du récit il prédit que «la véritable
richesse en Californie, ce sera dans l’avenir, l’agriculture
et le commerce. La recherche de l’or, comme tout métier
manuel, nourrira son homme, et voilà tout».
Publié en 1852 chez Cadot, éditeur à Paris,
Un Gil Blas en Californie est
repris la même année
par l’éditeur Belge Méline, Cans et Cie.
et en feuilleton dans le journal Le Siècle, sous
le titre plus explicite de Californie :
un an sur les bords du San Joaquin et du Sacramento.
Au début du premier chapitre Dumas précise en note
que "l’auteur a cru devoir céder la parole
au voyageur dont il raconte les aventures. Le pronom «je» représente
donc ici, non pas l’historien signataire, mais le héros
même de cette curieuse histoire". Il s’agit
sans doute de Bénédict Revoil, qui a traduit A
lion hunter in South Africa de R.Gordon-Cumming, publié par
Alexandre Dumas en 1860 sous le titre La
vie au désert. Parti
aux Etats-Unis en 1842, Revoil y a séjourné pendant
neuf ans.
Pierre
Gintzburger |
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