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Chapitre V
Deux anciens amis

Le lendemain matin, vers dix heures, Samuel achevait de déjeuner avec Frédérique. Il se leva.
- Rentrerez-vous bientôt ? demanda la gracieuse jeune fille.
- Le plus tôt que je pourrai, répondit-il. Mais, en sortant, je ne vous quitte pas autant que vous croyez. Je ne travaille que pour vous, et vous êtes au fond de toute ma vie.
Il prit son manteau et son chapeau.
- Adieu, dit-il à Frédérique.
- Oh ! fit-elle, je vais au moins vous conduire jusqu'à la grille de la rue.
- Prenez garde, chère enfant, vous n'êtes pas très couverte, et l'air est vif encore.
- Bah ! dit-elle en ouvrant la porte et en le précédant dans le jardin, le printemps commence. Voyez le charmant rayon ! Tous les bourgeons sortent, regardez. Je veux sortir aussi, moi.
- Oh ! murmura Samuel, frappé de la mystérieuse harmonie qui appareillait cette ravissante fille et cette radieuse matinée ; oh ! printemps, jeunesse de l'année ; jeunesse, printemps de la vie !
Et, comme pour s'arracher à l'émotion qui le gagnait, il ouvrit précipitamment la grille.
Samuel pressa cette petite main blanche et fine avec une apparente tranquillité que démentit la flamme de ses yeux.
Puis il franchit la grille, et marcha rapidement jusqu'au bout de la rue sans se retourner une seule fois.
« Oui, pensait-il en froissant du poing son manteau, elle m'aime comme un père, voilà tout. C'est de ma faute. Je l'ai adoptée, je l'ai élevée, je l'ai soignée, je me suis conduit en père. Et puis j'ai plus du double de son âge. Quant à mon intelligence, à ma science, à ce que je peux avoir dans l'esprit de supérieur au vil troupeau des hommes, ce n'est pas à cela que les femmes se prennent. Qu'est-ce qu'elle en ferait, de ma science ? Imbécile que je suis ! j'ai méprisé la surface, la dorure, ce qui frappe les yeux, ce qui se voit. Belle manière de se faire aimer ; se faire invisible !
» Elle ne me connaît pas. Jusqu'à ce que je lui aie traduit en signes palpables et matériels ma valeur et ma personnalité, elle est en droit de me dédaigner et de me repousser. D'ailleurs, elle devinerait ce que je vaux, à quel titre en serait-elle touchée ? Que je sois un grand chimiste, un penseur, au-dessus du vulgaire, un génie libre, qu'est-ce qu'elle y gagne ? On est savant pour soi. Cela ne donne rien aux autres. Au lieu que la richesse et le pouvoir se partagent. Si j'étais millionnaire ou ministre, alors je pourrais lui dire : “Puise à pleine mains dans ma bourse ou dans mon crédit !? Alors je serais quelque chose pour elle ; je lui servirais ; elle serait bien forcée de me compter. Riche et puissante, voilà ce qu'il faut qu'elle soit pour moi.
» C'est une noble et généreuse nature, elle mesurera la reconnaissance au bienfait. Je lui ai donné le pain et le vêtement qu'il faut aux enfants, elle m'a rendu une tendresse filiale. Je lui donnerai la splendeur et l'orgueil qu'il faut aux femmes ; elle me rendra... me rendra-t-elle l'amour ? »
Il marchait à grands pas, au pas de ses pensées, et avait atteint déjà les premières maisons de la chaussée. Il atteignait aussi ses plus profonds et ses plus sombres desseins, et se disait :
« Riche d'abord, c'est par là qu'il faut commencer, puisque les honorables brutes qui gouvernent l'Union de Vertu évaluent l'âme à zéro et ne donnent les grades que contre de l'argent comptant. Mais comment faire fortune tout de suite ? Les millionnaires ne s'improvisent pas. J'ai laissé passer bien des occasions, et je me trouve attardé maintenant. Imbécile !... Oh ! mais si je trouve désormais une fortune à ma portée !...
» Qui est-ce qui est riche parmi les gens que je connais ? lord Drummond. Bah ! il est veuf, mais il a un fils en Angleterre. N'a-t-il pas aussi deux frères ? Enfin, il traîne après lui toute une famille.
» Il n'y a donc qu'un Julius ! Il ne s'est pas remarié. Alors, ni enfant, ni femme. Quant à son frère, c'est moi. Il me semble que voilà une fortune sur laquelle j'aurais bien quelques droits. La moitié m'appartient en stricte justice, bien que ces honnêtes lois sociales m'en aient dépouillé. Nous verrons. Aurai-je encore quelque influence sur Julius après une séparation si longue ? Autrefois je l'aurais mené au bout du monde en lui attachant le fil de ma volonté à la patte. Je suis curieux de le revoir. »
Samuel était arrivé à la barrière.
Il était si préoccupé qu'il n'aperçut pas une femme du peuple enveloppée d'une sorte de grosse mante qui, se trouvant sur son passage, tressaillit et se hâta de cacher son visage derrière son capuchon.
Samuel fit signe à une voiture de place, y monta et dit au cocher :
- à l'ambassade de Prusse, rue de Lille.
Une demi-heure après, il traversait la cour de l'hôtel de l'ambassade, montait le perron, et entrait dans une vaste antichambre où se tenaient plusieurs valets habillés d'une riche livrée.
Il dit son nom. Un des valets sortit et revint aussitôt.
Samuel, dirigé par lui, franchit un salon, et fut introduit dans un grand et haut cabinet plein de dorures et de peintures.
Julius se leva de devant une table chargée de papiers et vint rapidement au-devant de lui.
Ils se prirent la main et se regardèrent un instant en silence.
- Samuel !
- Julius !
Julius était ému dans ce premier mouvement. Pour Samuel, il observait déjà Julius.
- Tu viens avec Lothario ? demanda Julius.
- Non, je suis venu seul.
- Tiens, Lothario m'avait demandé à t'aller chercher avec une de nos voitures. Il sera arrivé trop tard. Mais que je te regarde ! Il me semble, en te revoyant, que je revois ma jeunesse. Mais qu'es-tu devenu ? Pourquoi as-tu si brusquement quitté l'Allemagne ? Qu'as-tu fait pendant si longtemps ? Où étais-tu, que nous ne nous sommes pas rencontrés ? Causons.
Il le fit asseoir devant la cheminée.
- Ce que je suis devenu ? répondit Samuel. Oh ! mon Dieu, je suis resté ce que j'étais. J'ai le désagrément de t'apprendre que je ne suis ni roi, ni prince, ni ambassadeur. Je suis, comme devant, un pauvre diable de savant plus soucieux de mon cerveau que de ma fortune. J'ai totalement négligé de me faire une position, et je ne me suis nullement agrandi, sinon en dédain pour ce que tu dois respecter. De ce côté, j'ai poursuivi mon but : accroître ma force et ma liberté morales, apprendre les hommes et les choses, savoir. J'ai par-ci par-là, comme médecin ou par des traductions et des travaux de science, gagné de quoi vivre. Mais j'ai toujours réservé le meilleur de ma pensée pour l'étendre et l'enrichir encore. J'ai étudié, voyagé, cherché. Pourquoi nous ne nous sommes pas rencontrés ? C'est qu'il y a dix-sept ans j'ai quitté l'Allemagne à cause d'un grand dessein manqué que mon orgueil ne veut pas dire, et que, depuis ce temps, retenu à Paris par un sentiment profond que mon cœur veut taire, je ne suis sorti de France que pour sortir d'Europe, il y a cinq ans.
- Où donc es-tu allé ? interrompit Julius.
- J'avais toujours eu envie d'aller demander ses secrets à cette terrible et dévorante nature de l'Inde, la terre des tigres et des poisons. Or, un beau jour, ayant réuni la somme nécessaire pour réaliser ce rêve, je me suis embarqué pour Calcutta. Je suis resté trois ans dans l'Inde, et, tu peux m'en croire, je n'y ai pas perdu mon temps. Ah ! j'en ai rapporté des secrets et des miracles qui auraient étonné même ton père, l'illustre chimiste et honorable baron d'Hermelinfeld. Vois-tu ? la nature sait tout, et quand on l'interroge, elle répond. Mais les hommes sont distraits par leurs intrigues, par leurs affaires, par leurs ambitions, et cherchent la puissance dans des portefeuilles, lorsqu'il y a dans des brins d'herbe de quoi supprimer les empereurs et abrutir les génies.
L'accent calme et froid dont Samuel prononça ces paroles impitoyables embarrassa Julius, qui chercha à détourner la conversation.
- Je t'ai vu avec lord Drummond, dit-il. Tu le connais beaucoup ?
- J'ai fait sa connaissance dans l'Inde, repartit Samuel. Je lui ai sauvé la vie. Lord Drummond est un gentleman fantasque. Il avait apprivoisé une panthère dont il était fou, et qu'il ne quittait pas plus qu'une maîtresse. Elle montait dans sa voiture, elle mangeait à sa table, elle couchait dans sa chambre. Un jour qu'à demi étendu sur son canapé il causait avec ton serviteur, sa panthère, couchée à terre à bord du canapé, léchait son bras nu qu'il laissait pendre. Mais, à force de le caresser, n'est-ce pas le dénouement de toute caresse ? la bête sentit du sang sous la râpe de sa langue âpre. Tout à coup elle enfonça ses crocs dans le bras de lord Drummond. Il était perdu. Moi, je tirai tranquillement un pistolet de ma poche et je tuai raide la panthère.
- Je conçois qu'il te soit reconnaissant.
- Sa reconnaissance a consisté d'abord à vouloir me tuer.
- Te tuer !
- Oui, figure-toi que, débarrassé de l'étreinte de l'animal, il me sauta au collet, m'appelant misérable, m'accusant d'avoir assassiné la seule créature à laquelle il tînt sur la terre, et me reprochant de ne pas l'avoir laissé manger. Mais, comme je ne suis pas plus frêle qu'un autre, je me défendis rudement et je l'envoyai se colleter avec le cadavre de sa bête. Le lendemain, reconnaissant son tort, il vint me faire des excuses, et nous sommes devenus les meilleurs amis du monde. Je suis revenu avec lui en Europe il y a deux ans. Il m'a trouvé à Londres un éditeur qui m'a donné mille livres sterling d'un ouvrage sur la flore de l'Inde. Mais Londres m'ennuie. Ses brouillards enrhument l'intelligence. Je suis accouru à Paris. Voilà ma vie ; elle est simple, comme tu vois. à toi maintenant.
- Oh ! moi, dit Julius, depuis que je ne t'ai vu, il m'est arrivé d'abord les choses douloureuses que tu sais. Tu sais l'atroce malheur qui m'a frappé ?
- Oui, dit Samuel, qui pâlit légèrement. Je n'ai quitté Heidelberg qu'un peu après.
- J'étais au désespoir, reprit Julius. Mon père essaya de me distraire en m'emmenant voyager. Je fus censé voir l'Italie, l'Espagne et la France. Au bout d'un an, je revins aussi morne. Pour emplir ma vie, sinon ma pensée, mon père obtint pour moi, du roi de Prusse, une mission à Vienne. Te l'avouerai-je ? pour m'étourdir, pour m'enivrer, pour oublier, je me jetai, corps et âme perdus, dans la vie matérielle et dans les joies faciles de cette capitale du plaisir. Triste, amer, désolé, je me soûlais de débauche. Dans cette cour dépravée, ma dépravation fut un titre. Grave, sérieux et austère, j'aurais été un phénomène, quelque chose d'impossible et d'inapplicable ; je ne montrai que la bête en moi, alors on me crut de l'esprit. Moins je donnai de mon intelligence et de ma capacité, plus on me jugea intelligent et capable. Les honneurs, les décorations, les richesses se mirent à pleuvoir sur moi. Mon influence fut bientôt telle, que le roi de Prusse, il y a quatre ans et demi, changea ma mission en ambassade. Je suis resté ambassadeur à Vienne un peu moins de cinq ans ; depuis six jours, je le suis à Paris. Tu vois que les grandeurs me sont venues avec les rides. Je suis puissant et fatigué. J'ai trop souffert et trop joui pour n'avoir pas appris quelque chose. Je me défie. Je ne suis plus crédule. Est-ce être plus faible ou plus fort ? je n'en sais rien, mais je ne crois pas que personne à présent pût avoir prise sur moi. Ah ! j'oubliais de te dire que ma fortune s'est mise au pas de mes dignités. Mon père, tu le sais aussi, est mort au commencement de l'année dernière, laissant plus d'argent encore que son frère. Si bien que j'ai quelque chose comme une vingtaine de millions.
Samuel n'avait pas perdu son empire sur lui-même ; car l'éclair qui passa dans son esprit à ce mot de vingt millions ne se refléta pas dans ses yeux.
Il avait écouté Julius, le regardant sans l'interrompre. Les dernières paroles de l'ambassadeur sur sa défiance actuelle et sur ses résistances aux entraînements extérieurs étaient en rapport avec sa physionomie vieillie, usée et indifférente. Par où donc Samuel pourrait-il regagner l'ascendant qu'il possédait jadis sur son camarade d'étude ?
Julius, il suffisait de voir son visage pour s'en assurer, n'était plus cette nonchalante et molle nature à qui Samuel avait eu affaire. Sous son regard éteint, comme sous une eau stagnante un reptile, il cachait l'observation froide d'un diplomate dont Metternich avait été le maître.
Samuel n'avait-il donc aucune chance de le ressaisir ? Autrefois, il se serait retiré avec fierté, comptant sur son attraction fatale pour ramener à ses pieds, soumis et repentant, ce captif de sa supériorité. Mais lui-même était bien changé, et plus profondément peut-être que Julius. Il n'avait plus cette âpreté et cette raideur qui ne se serait pas baissée pour ramasser un diamant. Une amère expérience lui avait enseigné que la souplesse est plus forte que la force, et que les grandeurs humaines ont la porte trop basse pour qu'on puisse y entrer sans se courber un peu.
Au lieu de laisser Julius dans sa froideur et dans son indifférence, Samuel se mit à l'examiner, à l'épier sous toutes ses faces, à tourner, pour ainsi dire, autour de son nouveau caractère, afin de voir s'il n'y trouverait pas quelque ouverture par laquelle il pût s'y glisser. Il mit la conversation sur tous les sujets : politique, art, plaisir, cherchant, à tort et à travers, une poignée par où il pût reprendre sa domination d'autrefois.
Et d'abord, dans quels termes était-il au juste avec Julius ? Le baron d'Hermelinfeld n'avait-il rien révélé à son fils qui posât entre eux deux quelque barrière insurmontable ? Il était important de s'en assurer.
Donc, fixant sur Julius son regard profond :
- Et le baron d'Hermelinfeld, lui demanda-t-il subitement, me haïssait-il toujours ?
- Toujours, répondit Julius pensif. à son lit de mort, il me recommandait encore avec de vives instances, si je te retrouvais, de t'éviter avec horreur.
- Et c'est comme cela que tu lui obéis ? demanda Samuel en ricanant.
- Il ne m'a jamais voulu donner de raisons, répliqua Julius. Je crois à un préjugé injuste, à une antipathie exagérée que ton caractère à toi n'était guère propre à adoucir. L'instinct de l'équité s'est sur ce point toujours révolté et se révolte encore aujourd'hui en moi contre l'obéissance filiale. D'ailleurs, dans cet abandon continu de tout ce qui s'appelle la vie, assez de choses nous ont quitté à l'âge où je suis parvenu, pour qu'on ne sacrifie pas sans des motifs plausibles le peu qui nous reste du passé. Hier, je t'ai à peu près reconnu sous ton déguisement, comme tu m'as reconnu sous mes rides. Je n'ai pu m'empêcher de sentir remuer en moi un ressouvenir des années anciennes. Je t'ai appelé. Merci d'être venu. Mais je ne m'attendais guère à te retrouver, après dix-sept ans, à un bal des Tuileries !
- C'est lord Drummond qui m'y a conduit, dit Samuel. Tu sais quel antiquaire je suis. Je me suis chargé de son costume. Il n'était pas mal, hein ? pour avoir fait à la hâte ; car lord Drummond n'est à Paris que depuis quinze jours. En récompense de ce service, lord Drummond, à la prière de cette vieille curiosité toujours jeune en moi, m'a amené avec lui.
- Nous voilà donc retrouvés, dit Julius.
- Nous voilà, dit Samuel, bien près l'un de l'autre, et bien loin tous deux de nous-mêmes.
- C'est vrai, reprit Julius. Nos rêves aussi sont morts ou partis. à propos de rêves, demanda-t-il tout à coup, qu'est devenue l'Union de Vertu ?
Samuel, frappé du ton dont cette question lui était faite, leva vivement les yeux et regarda Julius en face. Mais Julius souriait avec insouciance.
- Je présume, répliqua Samuel, que ton Excellence l'ambassadeur de Prusse n'est plus de l'Union ?
- Oh ! non, répondit nonchalamment Julius. Il y a longtemps que j'ai rompu avec ces folies de jeunesse. Et puis, Napoléon est mort, dit-il en riant. Pourtant, n'ai-je pas entendu dire que l'Union avait encore des débris ?
- C'est possible, dit Samuel. Mais, depuis dix-sept ans que j'ai quitté l'Allemagne, je suis, naturellement, peu au fait de ce qui s'y passe.
Il détourna l'entretien. Il lui semblait que Julius épiait son visage, et il se sentait piqué d'être en butte aux investigations de celui qu'il venait observer.
« Ah ! fort bien, pensa-t-il ; il joue le même rôle que moi ; il me sonde comme je l'observe. Allons, il a gagné ; il faut en prendre mon parti. Soit, nous lutterons. »
Il fit courir l'entretien sur l'ambition, sur le jeu, sur les femmes, sans trouver dans Julius une fibre sensible. Ou Julius se tenait bien, ou il n'avait pour tout cela qu'indifférence et dédain.
« Par le diable ! se dit Samuel, j'échaufferai cet homme de neige ! »
- Me suis-je trompé ? dit-il à Julius ; il me semble que l'autre soir, à ce bal, quand la voix de cette femme s'est élevée, la même impression nous a frappés l'un et l'autre.
Julius tressaillit.
- Oh ! reprit-il, c'est vrai, je ne sais pas qui est cette chanteuse, mais elle a touché à une mémoire toujours vivante en moi. Pauvre Christiane ! La façon terrible et mystérieuse dont elle est morte m'est sans cesse présente ; j'ai dans le cœur l'abîme sans fond où elle est tombée. Or, c'est étrange ! la voix un peu grêle de Christiane lorsqu'elle chantait au clavecin quelque air de Mozart n'avait, quand j'y réfléchis, aucun rapport avec la voix pleine et sûre de la cantatrice masquée... et cependant j'ai éprouvé ce soir quelque chose comme si j'entendais la voix de Christiane.
- C'est comme moi ! dit Samuel.
- Et, lorsqu'elle est venue recevoir les remerciements de la duchesse de Berry, certes, sa taille haute et ample ne ressemblait guère à la taille svelte et frêle de Christiane. Et cependant quelque chose s'est troublé dans mes entrailles, comme si je voyais ressusciter la morte.
Il eut un mouvement de joie en voyant que cette corde encore vibrait chez Julius.
- Eh bien ! Julius, reprit-il soudain, veux-tu dîner demain avec cette cantatrice ?
- Avec elle ?
- Avec elle.
- Oh ! oui, répondit Julius.
Samuel eut peur des hésitations et des réflexions, et voulut en rester là pour cette fois. Il se leva.
- C'est convenu, dit-il à Julius. Il faut, pour le moment, que je te quitte ; mais tu recevras ce soir même une lettre ou une visite de lord Drummond qui te priera de venir dîner demain avec moi et avec elle.



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