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Chapitre XI
L'Evangile de l'enfance

Cet homme, c'était le jeune maître galiléen, Jésus de Nazareth.
Dans ces jours de peu de foi que nous traversons, que l'on nous permette de parler du Christ comme si personne n'en avait parlé avant nous, de reprendre cette sainte histoire comme si personne ne l'avait écrite. Hélas ! si peu de regards l'ont lue, et tant de mémoires l'ont oubliée !
Jésus de Nazareth, à ceux qui ignoraient sa nature divine, apparaissait sous la forme d'un homme de trente à trente trois ans, d'une taille un peu au- dessus de la moyenne, et amaigri comme le sont toujours ceux-là qui, dévoués à l'humanité, ont longtemps rêvé d'elle, médité sur elle, souffert pour elle.
Il avait le visage long et pâle, les yeux bleus, le nez droit, la bouche un peu grande, mais douce, suave, mélancolique, admirable de forme ; ses cheveux blonds, partagés à la mode des Galiléens, c'est-à-dire au milieu de la tête, retombaient en ondulant sur ses épaules ; enfin, une barbe légèrement teintée de roux, qui semblait emprunter ses reflets d'or aux rayons du soleil d'orient, allongeait encore ce visage dont l'habitude de la contemplation tirait tous les traits vers le ciel.
Il était vêtu – et nul ne l'a jamais vu sous un autre costume – d'une longue robe rouge tissue sans couture, tombant avec d'admirables plis le long de son corps, et laissant, sous ses manches longues et larges, voir seulement ses mains, qui étaient d'une blancheur et d'une finesse parfaites, – et d'un manteau bleu d'azur qu'il drapait avec une simplicité et une grâce infinies. Il avait pour chaussures des sandales lacées jusqu'au-dessus de la cheville ; et, quant à sa tête, qu'il portait toujours nue et élevée, il se contentait de l'abriter sous son manteau bleu aux heures ardentes de la journée.
Puis, de tout cet ensemble, émanait quelque chose d'insaisissable, quelque chose comme un baume et une lumière réunis et fondus ensemble, quelque chose qui éclairait et qui parfumait tout à la fois, révélant la présence momentanée d'un être supérieur au milieu des hommes et sous la forme d'un homme.
C'étaient surtout les enfants et les femmes, dont les organisations délicates et nerveuses ont une plus grande facilité à subir l'influence des effluves magnétiques de certaines organisations privilégiées, – c'étaient, dis-je, surtout les femmes et les enfants qui semblaient, mieux que tous les autres, reconnaître cette divinité cachée sous son enveloppe terrestre. En effet, à peine Jésus paraissait-il, que jusqu'aux plus petits enfants couraient à lui, levant les mains vers lui, et, quand Jésus passait, soit dans les rues de Jérusalem, soit dans celles de Capharnaźm ou de Samarie, soit même au bord du chemin, presque toutes les femmes qu'il rencontrait sur son passage, sans savoir pourquoi, s'inclinaient à sa vue, mystérieusement poussées à fléchir les deux genoux.
Il est vrai que l'on racontait sur le jeune maître Galiléen – c'était ainsi qu'on appelait le plus communément Jésus – une foule de légendes, d'histoires et de traditions merveilleuses qui, partout où il portait ses pas, le précédaient, l'accompagnaient, le suivaient comme une légion d'anges qui, semant des fleurs devant lui, autour de lui, et derrière lui, le faisaient apparaître aux yeux des hommes avec un prestige presque divin.
On disait que sa bienheureuse mère, – car, jusqu'à cette époque, la mère de Jésus avait mérité le nom de bienheureuse, – on disait que sa bienheureuse mère était issue de la race royale de David, fils de Jessé ; que Joachim et Anne, son père et sa mère, après avoir vécu près de vingt ans à Nazareth sans avoir d'enfant, avaient fait voeu, s'ils obtenaient enfin ce fruit si désiré de leur union, de le consacrer au service du Seigneur, et qu'alors une fille leur était née, à laquelle ils avaient donné le doux nom de Mariam, c'est-à dire étoile de la mer.
De ce nom de Mariam, nous avons fait Marie.
En conséquence, la jeune Marie, qui portait en elle les destinées de l'humanité, avait été déposée par ses parents au temple, et y avait été élevée parmi les jeunes filles ses compagnes, lisant les livres sacrés, filant le lin, et tissant des vêtements pour les lévites, jusqu'à l'âge de quatorze ans âge auquel les pensionnaires du temple étaient rendues à leurs parents. Mais, à quatorze ans, Marie avait refusé de quitter le temple, disant qu'en la vouant au Seigneur, ses parents l'avaient vouée tout entière. Alors, le pontife, embarrassé pour la garder contre les habitudes du temple, avait consulté le Seigneur, et le Seigneur avait répondu que la jeune fille devait recevoir un époux de la main même du grand prêtre, afin que s'accompllt cette prédiction d'Isaïe :

« Il sortira une vierge de la racine de Jessé, et, de cette racine, s'élèvera une fleur au sommet de laquelle, sous la forme d'une colombe, viendra se reposer l'esprit du Seigneur. »

Joseph, vieillard de la maison de David, avait été l'homme élu. Son nom et celui de Marie avaient été gravés sur les tablettes du mariage dans une assemblée solennelle ; après quoi, sans qu'il y eût eu aucun rapprochement entre les époux ; lui était parti pour Bethléem, elle pour Nazareth.
Or à peine la jeune vierge était-elle rentrée dans la maison paternelle, que voici, racontait-on, ce qui lui était arrivé :
Un soir qu'elle était agenouillée devant son prie-Dieu, qu'elle était restée priant à travers le crépuscule jusqu'à ce que fussent venues les ombres de la nuit, et que, tout en priant, ses yeux s'étaient doucement fermés, tandis que sa tête reposait sur ses deux mains jointes, elle sentit tout à coup comme un parfum qui l'enveloppait, et une grande lumière s'était répandue dans sa chambre, qu'à travers ses paupières closes, elle avait vu cette lumière.
Aussitôt elle releva la tête, regarda autour d'elle, et aperçut un ange du Seigneur qui, le front ceint d'une auréole de flamme, tenant un lis à la main, flottait sur un nuage encore tout doré des reflets du ciel.
C'était ce messager divin qui illuminait et parfumait la cellule de la Vierge.
Une autre que Marie eût eu peur ; mais elle avait déjà tant de fois vu des anges dans ses rêves, qu'au lieu de s'effrayer, elle sourit, et, de la pensée, sinon des lèvres, demanda :
- Bel ange du Seigneur, que voulez-vous de moi ?
Et, lui, souriant de son coté, et répondant à sa pensée qu'il avait lue, lui dit :
- Je vous salue, Marie, vierge très chère au Seigneur, vierge pleine de grâce !... Je suis Gabriel, le messager du Très Haut, et je viens vous annoncer que le Seigneur est avec vous, et que vous êtes bénie entre toutes les femmes, et par dessus toutes les femmes !
La jeune fille voulut répondre ; mais la parole lui manqua. Cette communication directe de sa faiblesse avec la force du Seigneur lui causait un certain effroi.
Alors, comprenant sa pensée :
- O vierge ! reprit l'ange, ne craignez rien, car, dans cette salutation, je ne cache aucune chose qui soit contraire à votre chasteté ; ayant choisi le Seigneur pour seul et unique époux, vous trouverez grâce devant lui, et vous concevrez un fils. Ce fils sera grand, ô vierge ! car il dominera depuis la mer jusqu'à la mer, et depuis l'embouchure des fleuves jusqu'aux extrémités du monde ; il sera appelé le fils du Très Haut, quoique né sur la terre, car il aura d'avance son trône élevé dans le ciel, et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son père. Il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin ; et il sera le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le siècle des siècles !
Alors, la jeune fille rougit sans répondre, car, ce qu'elle pensait, elle n'osait le dire à l'ange, et voici ce qu'elle pensait :
- Comment, vierge que je suis, pourrai-je donc devenir mère ?
L'ange sourit encore, et, continuant de répondre à sa pensée :
- Ne comptez pas, ô Marie bienheureuse ! que vous concevrez à la manière humaine, dit-il ; non ! vous concevrez vierge, vous enfanterez vierge, vous nourrirez vierge, car le Saint-Esprit descendra en vous, et le Très Haut vous couvrira de son ombre ; c'est pourquoi l'enfant qui naîtra de vous sera seul saint, parce que seul il aura été conçu et sera né sans péché, ce qui permettra de l'appeler fils de Dieu.
Et alors, la jeune fille, levant les yeux et étendant les bras vers le ciel, prononça ces seules paroles, par lesquelles elle faisait don d'elle-même au saint mystère :
- Voici la servante du Seigneur, car je ne suis pas digne du nom de maîtresse ; qu'il soit donc fait, ô Seigneur ! selon votre volonté.
Et l'ange ayant disparu, et la lumière s'étant évanouie, la Vierge était tombée comme endormie dans une extase céleste, et s'était relevée mère.
En même temps, l'ange avait apparu à Joseph, à Bethléem, afin qu'il sût que, quoiqu'elle portât le fils de Dieu dans son sein, son épouse était toujours pure et immaculée.
Or, voici ce que l'on racontait encore :
Vers la fin du neuvième mois de la grossesse de Marie, l'an 369 de l'ère d'Alexandre, un édit de l'empereur César Auguste avait été publié, ordonnant un recensement général dans son empire, et invitant chaque homme à aller se faire inscrire dans sa ville natale avec sa femme et ses enfants.
Il en résulta que Joseph se trouva forcé de quitter Nazareth, où, après l'apparition de l'ange, il était venu rejoindre sa femme, et, conduisant celle- ci, partit pour Bethléem ; mais, sur la route de la ville, Marie avait été prise des douleurs de l'enfantement ; de sorte qu'elle était entrée dans une grotte qui servait de crèche tandis que Joseph était allé chercher du secours à Jérusalem.
Une fois dans la grotte, la Vierge chercha un appui. Un palmier desséché dont le tronc perçait la voûte, et enfonçait ses racines dans la terre, formait une espèce de pilier ; elle s'assit contre cette tige.
Pendant ce temps-là, Joseph allait cherchant quelque femme qui pût assister Marie.
Tout à coup, il s'arrêta comme si ses pieds eussent été cloués à la terre : – un singulier phénomène s'opérait dans la nature.
Son premier mouvement avait été de lever les yeux au ciel : le ciel était obscurci, et Ies oiseaux qui traversaient l'air étaient arrêtés dans leur vol.
Alors, il abaissa les yeux vers la terre, et regarda autour de lui. A sa droite, tout près de l'endroit où il se trouvait, des ouvriers étaient assis, prenant leur repas ; mais, chose étrange ! celui qui étendait la main vers le plat restait la main étendue ; celui qui était en train de manger ne mangeait plus ; celui qui portait quelque chose à sa bouche demeurait la bouche ouverte, et tous tenaient leurs regards levés vers le ciel.
A sa gauche, un troupeau de brebis allait paissant, mais le troupeau tout entier était arrêté, et les brebis ne paissaient plus ; et le berger, qui venait de lever son bâton pour frapper leur immobilité, restait lui-même immobile et le bâton levé.
Devant lui coulait un ruisseau auquel allaient se désaltérer des chèvres et un bouc : le ruisseau était arrêté dans son cours, et le bouc et les chèvres étaient près de toucher l'eau et de boire ; mais ils ne touchaient pas l'eau, mais ils ne buvaient pas.
Et la lune elle-même était arrêtée dans sa marche ; et la terre elle-même ne tournait plus.
C'est que, juste en ce moment, Marie mettait au monde le Sauveur, et que la création tout entière haletait dans l'attente de ce grand événement !
Puis il se fit comme un grand soupir de joie par toute la nature, et le monde respira.
Le Sauveur était né !
Au même instant, une femme descendit de la montagne et, marchant droit à Joseph :
- N'est-ce pas moi que tu cherches ? dit-elle.
- Je cherche, répondit Joseph, quelqu'un qui puisse aider ma femme Marie, qui est, à cette heure, dans les angoisses de l'enfantement.
- Alors, dit l'inconnue, conduis-moi vers elle ; je me nomme Gelome et je suis sage-femme.
Tous deux prirent aussitôt le chemin de la grotte.
La grotte était lumineuse et parfumée, et, au milieu de cette lumière qui n'avait pas de foyer, ils virent Marie et le nouveau-né, tous deux resplendissants. L'enfant tétait le sein de la mère.
Le palmier desséché avait reverdi, des rejetons frais et vigoureux s'élançaient de sa tige, tandis que d'immenses palmes qui avaient poussé en quelques minutes ombragaient son sommet.
Joseph et la vieille femme demeurèrent tout étonnés sur le seuil de la grotte.
Alors, la vieille demanda à Marie :
- Femme, es-tu la mère de cet enfant ?
- Oui, répondit Marie.
- Alors, tu n'es pas semblable aux autres filles d'Eve, dit la vieille.
- De même, reprit Marie, qu'il n'y a, parmi les enfants, aucun enfant qui soit semblable à mon fils, de même sa mère est sans pareille entre les femmes.
- Mais ce palmier qui était desséché, et qui a reverdi ? demanda encore la vieille.
- Au moment de l'enfantement, dit Marie, je l'ai pris et serré entre mes bras.
Alors, Joseph dit à son tour :
- Votre enfant, ô Marie ! est bien le Messie promis par les Ecritures, et il s'appellera Jésus, c'est-à-dire sauveur.
Et, si Joseph eût douté encore, une demi-heure après il n'eut plus eu de doute, car trois bergers se présentèrent à la porte de la grotte, et, comme Joseph leur demandait :
- Bergers, quelle cause vous amène ?
Un des bergers répondit :
- Nous nous nommons Misral, Stéphane et Cyriaque ; nous gardions nos troupeaux sur la montagne, lorsqu'un ange du ciel est descendu d'une étoile, et nous a dit : « Aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur ! Voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant emmaillotté et couché dans une crèche. Allez-donc, et adorez. - De quel côté faut-il que nous allions ? lui avons-nous demandé alors, tout tremblants. - Suivez cette étoile, dit l'ange, et elle vous conduira. » L'étoile se mit à marcher, nous l'avons suivie en cueillant des fleurs tout le long de la route... Maintenant, nous voici. Où est le Sauveur, que nous l'adorions ?
Et la Vierge leur avait montré le petit Jésus couché dans une crèche, et ils avaient répandu leurs fleurs tout autour de lui, et l'avaient adoré.
Une heure après, trois rois se présentèrent, à leur tour, à la porte de la grotte, avec une grande suite de serviteurs chargés de présents, et des chameaux et des mulets portant des étoffes précieuses, du baume et de la myrrhe.
Joseph leur demanda, alors, ce qu'ils désiraient :
- Nous sommes trois rois mages d'Orient, répondirent-ils ; nous nous nommons Gaspard, Melchior et Balthasar. Une étoile nous est apparue, voilà plus d'un mois, et une voix nous a dit : « Suivez cette étoile ; c'est celle qui doit vous conduire au berceau du Sauveur annoncé par ­oroastre. » Alors, nous sommes partis, et, en passant par Jérusalem,. nous avons visité le roi Hérode le Grand, et nous lui avons dit : « Nous arrivons de l'Orient pour adorer le roi des Juifs, qui vient de naître : où est-il ? – Je n'en sais rien, », a répondu le roi Hérode ; « mais vous n'avez donc pas de guide ? – Si fait ! » Et nous lui avons montré l'étoile. « Eh bien ! suivez l'étoile, a-t-il dit, et ne manquez pas de repasser par Jérusalem, et de m'apprendre où est ce roi des Juifs, afin que je l'adore à mon tour. Maintenant nous voici. Où est le Sauveur, que nous l'adorions ? »
Alors, la Vierge prit l'enfant Jésus et le leur montra. Aussitôt les trois mages s'agenouillèrent devant lui, et lui baisèrent les mains et les pieds, en l'adorant comme avaient fait les bergers ; puis, comme les bergers avaient entouré l'enfant Jésus de fleurs des champs, eux l'entourèrent de vases d'or et d'encensoirs, de trépieds et de calices.
Et les bergers regardaient tristement cette adoration, et disaient entre eux :
- Voilà ces rois mages qui apportent de riches présents, et qui vont nous faire oublier, nous autres, pauvres bergers, qui n'avons apporté que des fleurs !
Mais, au même instant, et comme s'il eût deviné leur pensée, l'enfant Jésus repoussa du pied un bassin magnifique, et, ramassant une petite pâquerette des champs, il la baisa.
C'est depuis ce temps que les pâquerettes des champs, qui autrefois étaient toutes blanches, ont le bout des feuilles roses et l'étamine dorée.
Et les bergers, heureux de ce que l'enfant Jésus avait préféré une fleur des champs aux vases d'or et d'argent, aux trépieds, aux calices et aux encensoirs, s'en retournèrent sur leur montagne en chantant les louanges du Seigneur.
Et les mages, joyeux et fiers d'avoir baisé les mains et les pieds du Sauveur du monde, s'en retournèrent aussi, mais non point à Jérusalem, comme Hérode le leur avait recommandé, car l'étoile qui les conduisait prit un autre chemin.
Et, voyant cela, la vieille femme s'écria à son tour :
- Je vous rends grâce, ô mon Dieu ! Dieu d'Isral ! parce que mes yeux ont vu la nativité du Sauveur du monde !
Et l'on racontait encore ceci :
Que Hérode le Grand, ne voyant pas revenir les mages, envoya chercher les docteurs et les prêtres, et leur dit :
- Vos Ecritures annoncent qu'il doit vous naître un Sauveur : où ce Sauveur naîtra-t-il ?
Les prêtres et les docteurs répondirent d'une seule voix :
- Dans la ville de Bethléem en Judée ; c'est pour cela qu'elle fut appelée, par Abraham, Bethléem, c'est-à-dire la maison de nourriture ; c'est pour cela que, du nom de la femme de Caleb, elle fut appelée Ephrata, c'est-à-dire fructueuse : c'est pour cela, enfin, qu'elle a encore, outre Bethléem et Ephrata, été nommée la Cité de David.
Sur ces entrefaites, Hérode apprit que l'enfant Jésus avait été présenté au temple, et que le grand prêtre Siméon, qui comptait près de cent ans, ayant vu qu'il resplendissait de lumière dans les bras de la Vierge, et que les anges formaient un cercle autour de lui, l'avait reconnu, l'avait glorifié et avait dit :
- O mon Dieu ! je puis mourir maintenant que cette parole du psalmiste est accomplie : « Je le remplirai de jours ; je lui montrerai le Seigneur que j'ai envoyé, et, l'ayant vu, il mourra en le glorifiant. »
Et en effet, en citant ce verset du psalmiste, Siméon était tombé à la renverse, et était mort.
Dès lors, Hérode n'eut plus de doute que cet enfant ne fut véritablement le Messie ; et, comme, vendu à la cause des Romains, il craignait que ce Sauveur ne devint un autre Judas Macchabée qui sauverait la liberté d'Isral par la guerre, il commença de méditer dans son esprit le massacre des innocents.
Ce que voyant le Seigneur, il envoya à Joseph un ange qui le visita pendant son sommeil, et qui lui dit :
- Prends l'enfant et sa mère, et, sans perdre un instant, réfugie-toi en Egypte.
Si bien qu'au chant du coq, Joseph se leva, et, ayant éveillé la Vierge et l'enfant Jésus, il se mit en route avec eux.
Le lendemain de ce départ, Hérode fit massacrer tous les enfants au-dessous de deux ans.
C'est alors, comme l'avait prédit Jérémie, qu'une grande voix fut entendue dans Rama, poussant des cris et des lamentations : c'était celle de Rachel pleurant ses fils ; et elle ne voulut pas être consolée, parce qu'ils n'étaient plus !
Et, comme les meurtriers couraient partout, le glaive à la main, pour tuer les petits enfants, on raconte que deux soldats s'avancèrent, menaçants, vers la Vierge et vers Joseph, qui se prirent à trembler de tout leur corps ; mais, comme ils étaient appuyés à un énorme sycomore, quand les meurtriers ne furent plus qu'à cinquante pas d'eux, le sycomore s'ouvrit et, se refermant sur la sainte famille, la déroba à tous les yeux.
Puis, quand les soldats, las d'une recherche inutile, se furent éloignés, le sycomore se rouvrit, et la sainte famille continua sa route.
Seulement, depuis ce temps, le sycomore était resté ouvert.
On arriva dans une grande ville, et l'on fit halte au seuil d'une hôtellerie située près du temple d'une idole ; mais à peine la sainte famille était-elle établie dans une petite chambre de cette hôtellerie, que l'on entendit une grande rumeur : les habitants de la ville couraient éperdus et les bras levés par les rues, poussant des cris de terreur et de désespoir.
Au moment même où Jésus avait passé sous la porte de la ville pour y faire son entrée, l'idole était tombée de sa base, et s'était brisée en mille morceaux ; et il en était arrivé de même de toutes les idoles de la ville.
Ainsi s'était justifiée la parole d'Isaïe :

« Le Seigneur entrera en Egypte, et les idoles seront ébranlées devant sa face. »

Mais, entendant ces cris, voyant ces terreurs Joseph craignit pour Marie et pour l'enfant Jésus ; il descendit avec eux, sella l'âne, et partit par une porte de derrière, sans avoir le temps de prendre aucune provision pour la journée.
De sorte que, midi étant arrivé, et la vierge Marie ayant grande faim et grande soif, on fut forcé de s'asseoir sous un sycomore. En face de ce sycomore était un groupe de dattiers tout chargés de fruits, et Marie disait :
- Oh ! que je mangerais volontiers de ces dattes ! N'y aurait-il donc pas moyen d'en avoir ?
Joseph secoua tristement la tête, et répondit :
- Ne voyez-vous pas que non seulement elles sont hors de la portée de ma main, mais encore que je ne pourrais pas jeter mon bâton jusqu'à elles ?
Et, alors, l'enfant Jésus dit :
- Palmier, incline-toi, et apporte tes fruits à ma douce mère.
Le palmier s'inclina, et la Vierge put y cueillir des fruits tant qu'elle voulut ; après quoi, le palmier se redressa, couvert de plus de fruits qu'il n'en avait auparavant.
Et, tandis que la Vierge cueillait les dattes, le petit enfant Jésus, qu'elle avait déposé à terre, avait fait, avec son doigt, entre les racines du sycomore, un trou dans le sable, de sorte que, lorsque, après avoir mangé, la Vierge dit : « J'ai soif ! » elle n'eut qu'à se baisser ; car, du trou qu'avait fait avec son doigt le petit Jésus, venait de jaillir une source d'eau pure.
Au moment où ils se remirent en route, Jésus se retourna vers le palmier.
- Palmier, je te remercie, et, en témoignage de remerciement, j'ordonne qu'une de tes branches soit portée par mes anges, et soit transplantée dans le paradis de mon père, et je t'accorde en signe de bénédiction, qu'il sera dit à tous ceux qui ont triomphé pour la foi :

« Vous avez atteint la palme de la victoire ! »

Et, au même instant, un ange parut, prit une palme, et remonta avec elle au plus haut des cieux.
Le soir, Joseph, la Vierge et l'enfant Jésus arrivèrent à une partie du désert qui était infestée de voleurs. Tout à coup, ils en aperçurent deux placés en sentinelle, et non loin de là, leurs camarades endormis ; – ces deux voleurs se nommaient Dimas et Gestas.
Le premier dit alors au second, qui s'apprêtait à arrêter les trois fugitifs :
- Laisse, je te prie, passer ces voyageurs sans leur rien dire ni leur rien faire, et je te donnerai quarante drachmes que j'ai sur moi ; et tu auras ma ceinture pour gage que je t'en donnerai quarante autres à la première occasion.
Et, en même temps, il présentait les quarante drachmes à son compagnon, et le priait de ne pas donner l'éveil à leurs camarades.
Alors Marie, voyant ce voleur si bien disposé à leur rendre service lui dit :
- Que Dieu te soutienne de sa main droite, et qu'il t'accorde la rémission de tes péchés !
Et le petit enfant dit à Marie :
- O ma mère, souvenez-vous de ce que je vous dis en ce moment : dans trente ans, les Juifs me crucifieront, et ces deux voleurs seront mis en croix à mes côtés : Dimas à ma droite, et Gestas à ma gauche ; et, ce jour-là, Dimas, le bon larron, me précédera dans le paradis.
Et sa mère lui répondit :
- Que Dieu détourne de toi de semblables choses, ô mon cher enfant !
Car quoique Marie ne comprit pas bien ce que Jésus voulait lui dire, son coeur de mère s'était empli d'une profonde terreur à cette prédiction.
Le mauvais larron prit les quarante drachmes et la ceinture de son compagnon, et laissa passer les fugitifs.
Le lendemain, à l'embranchement de deux routes, ils rencontrèrent un grand lion. Joseph et Marie eurent peur et l'âne refusa d'avancer.
Alors, Jésus, s'adressant à l'animal féroce.
- Grand lion, lui dit-il, je sais ce que tu fais là : tu songes à dévorer un taureau, mais ce taureau est à un pauvre homme qui n'a que lui pour tout bien. Va plutôt à tel endroit, et tu y trouveras un chameau qui vient de mourir.
Et le lion obéit, alla à l'endroit désigné, y trouva le cadavre du chameau, et le dévora.
Et, comme ils continuaient de cheminer ainsi, et que Joseph, qui marchait à pied, souffrant de la chaleur disait :
- Seigneur Jésus, s'il te plaît, nous prendrons la route de la mer, afin de pouvoir nous reposer dans les villes qui sont sur la côte.
Jésus répondit :
- Ne crains rien, Joseph, je vais abréger le chemin ; de sorte que nous achèverons en quelques heures ce qu'on n'accomplit ordinairement qu'en trente jours !
Et l'enfant n'avait pas fini de parler, qu'ils aperçurent les montagnes et les villes d'Egypte.
On racontait bien d'autres choses encore sur le séjour de l'enfant Jésus à Memphis, où il demeura trois ans, et, entre autres, que la Vierge avait l'habitude de laver son fils dans une fontaine, et que, par suite, l'eau de cette fontaine avait conservé la vertu de guérir les lépreux qui s'y lavaient à leur tour.
Et cette fontaine avait une telle réputation, qu'un jour un homme qui avait planté tout un jardin d'arbres sur lesquels on recueille le baume, voyant que ces arbres étaient stériles, et s'obstinaient à ne rien produire, se dit tout désespéré :
- Voyons si, en les arrosant de cette eau où s'est baigné Isa ibn Mariam, mes arbres rapporteront ?
Et il les arrosa de cette eau, et, la même année, les arbres fournirent une récolte de baume triple de la récolte ordinaire.
Au bout de trois ans de séjour à Memphis, l'ange apparut de nouveau à Joseph, et lui dit :
- Maintenant, tu peux retourner en Judée, car Hérode est mort, et il faut que la parole d'Isaïe s'accomplisse :

« J'ai fait venir mon fils d'Egypte. »

Alors, Joseph quitta Memphis, entra en Judée, et s'établit à Nazareth, afin que cette autre parole du même prophète s'accomplit encore :

« Il sera appelé le Nazaréen. »

Une fois revenu à Nazareth, le divin enfant, – disait-on toujours, – avait fait encore nombre de nouveaux miracles.
Ainsi, l'on racontait qu'un jour de sabbat, Jésus jouait avec d'autres enfants près d'un ruisseau dont ils détournaient l'eau pour en former de petites piscines, et que, sur le bord de la sienne, Jésus avait fait douze petits oiseaux en terre glaise qui avaient l'air de boire. Alors, un Juif passa et lui dit :
- Comment peux-tu profaner ainsi le jour du sabbat en faisant oeuvre de tes doigts ?
Alors, l'enfant Jésus répondit :
- Je ne travaille pas, je crée !
Et, ayant étendu les mains :
- Oiseaux, dit-il, volez et chantez.
Aussitôt les oiseaux s'envolèrent tout en gazouillant ; et ceux qui entendent le langage des oiseaux assurent que leur chant n'est rien autre chose qu'une louange au Seigneur.
Un autre jour, Jésus et plusieurs enfants jouaient sur la terrasse d'une maison, et, comme, en jouant, ils se poussaient les uns les autres, il arriva que l'un des enfants tomba du haut du toit, et se tua. Alors, tous les enfants s'enfuirent, à l'exception de Jésus, qui resta près du mort.
En ce moment, les parents de celui-ci accoururent, et saisissant Jésus, ils s'écrièrent :
- C'est toi qui as précipité notre enfant à bas du toit !
Et, comme Jésus niait, ils crièrent plus fort, demandant vengeance :
- Notre enfant est mort, et voici celui qui l'a tué !
Alors Jésus dit :
- Je comprends votre douleur, mais que cette douleur ne vous aveugle pas au point de m'accuser d'un crime que je n'ai pas commis, et dont vous n'avez aucune preuve ; bien plutôt demandons à cet enfant qu'il produise, lui, la vérité au grand jour.
- Mais puisqu'il est mort ! dirent les parents avec désespoir.
- Il est mort pour vous, c'est vrai, dit Jésus. mais il n'est mort ni pour moi, ni pour mon père qui est aux cieux.
Et, se plaçant près de la tête de l'enfant :
- ­énin, ­énin, demanda-t-il, qui est-ce qui t'a précipité du haut du toit ?
Et le mort, se soulevant sur son coude, répondit :
- Seigneur, ce n'est pas toi qui es la cause de ma chute, c'est un autre de nos compagnons qui m'a précipité du haut du toit.
Et, ces paroles prononcées, l'enfant retomba mort.
Alors, tous ceux qui étaient présents reconduisirent Jésus jusqu'à la maison de Joseph, louant et glorifiant le divin enfant.
Un autre jour encore, Jésus, jouant et courant avec les autres enfants, passa devant la boutique d'un teinturier nommé Salem. Il y avait dans cette boutique un grand nombre d'étoffes appartenant à divers habitants de la ville et que Salem se préparait à teindre en différentes couleurs. Jésus, étant entré dans la boutique du teinturier, prit toutes les étoffes, et les jeta dans une seule et unique chaudière : alors, Salem, se retournant, crut toutes ses étoffes perdues, et, se mettant à réprimander Jésus.
- Qu'as-tu fait, ô fils de Marie ? s'écria-t-il ; tu as fait tort à moi et à mes concitoyens : chacun voulait une couleur différente, et, toi, tu as jeté les étoffes dans une cuve qui va les teindre toutes de la même couleur !
Mais Jésus répondit :
- Demande pour chaque étoffe la couleur qui te conviendra.
Et il se mit à retirer les étoffes de la chaudière, et chacune était teinte de la couleur que désirait Salem.
Une autre fois, le roi Hérode Antipas avait fait appeler Joseph, et lui avait commandé la charpente d'un trône qui devait être placé dans une espèce d'alcôve, et remplir exactement cette alcôve ; Joseph prit ses mesures, et s'en vint chez lui travailler à sa charpente.
Mais probablement les mesures étaient inexactes, car, lorsque, au bout de deux ans, son ouvrage fut terminé, il se trouva que la charpente du trône était trop courte de plus d'une demi-coudée ; ce que voyant le roi, il se mit fort en colère contre Joseph, et le menaça : si bien que celui ci rentra tout effrayé dans son atelier, et, refusant de manger, était tout près de se coucher à jeun. Mais Jésus, voyant cette grande tristesse, lui demanda :
- Qu'as-tu, père ?
- J'ai, répondit Joseph, que j'ai mal pris mes mesures, que l'ouvrage auquel j'ai travaillé deux ans est gâté ; et, ce qui est bien pis, j'ai que le roi Hérode est fort en colère contre moi !
Mais Jésus, souriant, lui répondit :
- Reviens de ta frayeur, et ne perds pas courage... Prends le trône d'un côté, je le prendrai de l'autre, et nous tirerons chacun à nous jusqu'à ce qu'il ait la mesure voulue.
Et ils prirent le trône, et le tirèrent.
Alors, Jésus dit à Joseph :
- Reporte, maintenant, cette charpente au palais.
Joseph obéit.
Et la charpente du trône se trouva, cette fois, juste de la grandeur de l'alcôve.
Et le roi demanda à Joseph :
- Comment ce miracle s'est-il opéré ?
- Je n'en sais rien, répondit Joseph ; mais j'ai à la maison un enfant qui est une bénédiction pour moi et pour tout le monde !
Un autre jour, – c'était pendant le mois d'adar, le douzième de l'année hébraïque, qui correspond partie au mois de février, partie au mois de mars, – Jésus rassembla plusieurs enfants lesquels l'ayant élu roi comme d'habitude lui firent de leurs vêtements un trône sur lequel il s'assit rendant la justice à l'instar du roi Salomon. ; et quand quelqu'un passait par là, les enfants l'arrêtaient de force, et lui disaient :
- Adore Jésus de Nazareth, roi des Juifs !
Sur ces entrefaites, arrivèrent des gens qui portaient un jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans, évanoui sur une civière. Ce jeune homme avait été dans la montagne avec ses compagnons, pour y ramasser du bois à brûler, et, ayant trouvé un nid de perdrix, il y avait mis la main, voulant en retirer les oeufs ; mais une vipère cachée dans ce nid l'avait mordu. Aussitôt le jeune homme avait appelé ses compagnons à son aide. mais, lorsque ceux-ci étaient arrivés, le jeune homme mordu était déjà étendu à terre et comme mort. On l'emportait donc vers la ville afin de voir s'il n'y aurait pas quelques secours à lui donner ; et, quand ceux qui le soutenaient dans leurs bras approchèrent de l'endroit où trônait Jésus, les enfants coururent au devant d'eux comme ils faisaient pour les autres passants, et leur dirent :
- Venez, et saluez Jésus de Nazareth, roi des Juifs !
Mais, comme les compagnons du blessé ne voulaient pas, à cause du chagrin qu'ils éprouvaient, se prêter à ce jeu, les enfants les amenèrent de force devant Jésus, qui leur demanda quelle sorte de mal avait ce jeune homme qu'ils portaient.
Et ils répondirent :
- Fils de Marie, un serpent l'a mordu.
- Allons ensemble, dit Jésus aux compagnons du jeune homme, et tuons le serpent !
Et, comme ceux-ci se refusaient à obéir, craignant de perdre un temps précieux, les enfants leur dirent :
- N'avez-vous point entendu l'ordre du Seigneur Jésus ?... Allons, et tuons le serpent !
Sur quoi, malgré l'opposition de ceux qui portaient la civière, ils leur firent rebrousser chemin, et lorsqu'ils furent arrivés près du nid, Jésus dit aux amis du blessé :
- N'est-ce point là que se cache la vipère ?
Et, eux ayant répondu oui, Jésus appela la vipère, qui parut aussitôt, au grand étonnement de tout le monde : mais l'étonnement fut bien plus grand encore quand Jésus, s'adressant de nouveau au reptile, lui dit :
- Serpent, va ! et suce tout le poison que tu as répandu dans les veines de ce jeune homme !
Aussitôt la vipère s'approcha en rampant du moribond, et, appliquant ses lèvres à la plaie, reprit tout le poison qu'elle y avait versé ; et, le Seigneur l'ayant maudite, la vipère se tordit et mourut. Et Jésus ayant touché le jeune homme de sa main, le jeune homme fut guéri.
Alors, Jésus lui dit :
- Tu es fils de Jonas ; tu t'appelles Simon, tu t'appelleras Pierre : tu seras mon disciple et tu me renieras.
Un autre jour enfin, un enfant qui était agité du démon, s'étant mêlé aux autres enfants qui jouaient d'habitude avec Jésus, et s'étant approché de ce dernier, et s'étant assis à sa droite, Satan commença de le posséder comme à l'ordinaire. Il cherchait donc à mordre Jésus, et, ne pouvant l'atteindre, il lui donna, dans le côté droit, un violent coup de poing, si violent, que Jésus se mit à pleurer, et tout en pleurant, dit :
- Démon, qui agites cet enfant, je t'ordonne de le quitter et de rentrer dans l'enfer !
Et, en même temps, tous les enfants virent un gros chien noir qui s'enfuyait jetant de la fumée par la gueule, et qui au bout de quelques pas, disparut abîmé dans les entrailles de la terre. Alors, l'enfant délivré remercia Jésus, qui lui dit :
- Tu seras mon disciple, et tu me trahiras ! et, au même endroit où tu m'as frappé du poing, les Juifs me frapperont de la lance, et, par la blessure qu'ils me feront, sortira le reste de mon sang, et le reste de ma vie.
Et cela, disait-on, avait duré ainsi jusqu'à ce que Jésus eût atteint l'âge de douze ans, âge auquel il était parvenu à une si grande sagesse, que ses parents, ayant fait un voyage à Jérusalem, et Jésus ayant disparu, Marie et Joseph le cherchèrent pendant trois jours, et, au bout de trois jours seulement, le retrouvèrent dans le temple, faisant l'étonnement des prêtres et des docteurs, auxquels il expliquait les passages obscurs des livres saints, que les plus savants n'avaient jamais pu comprendre, et que lui, Jésus, comprenait tout naturellement, étant la vivante explication de ces passages.
Alors, les prêtres et les docteurs, voyant que Marie réclamait l'enfant, lui demandèrent :
- Cet enfant est-il donc à vous ?
Et Marie ayant répondu que oui :
- Bienheureuse, s'écrièrent-ils, la mère qui a engendré un tel fils !
Mais Joseph et Marie, presque effrayés de ce qu'ils voyaient faire chaque jour à leur enfant, le ramenèrent à Nazareth, où, leur obéissant en toutes choses, il continua de croître en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
Or, voilà quelques-unes des légendes que l'on racontait sur l'enfance de Jésus de Nazareth, et qui l'entouraient, comme nous l'avons dit, d'une mystérieuse vénération.

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