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Chapitre LVII
Où la foudre tombe

La porte résistait, cependant.
D'ailleurs, les assaillants ne pouvaient s'empêcher de regarder un peu autour d'eux, et, en voyant, à deux cents pas à peine, se dresser la Bastille, géant de granit qui n'avait, pour les foudroyer, qu'à allumer l'éclair d'un ou deux de ses canons, ils avaient peur encore du bruit qu'ils faisaient.
Puis, des créneaux de la Bastille, leurs yeux s'abaissaient à tous les angles de rue par lesquels ils s'attendaient à voir déboucher le guet, ce terrible guet de la place Dauphine !
D'autres interrogeaient les fenêtres de Réveillon, inquiets et défiants du silence de ces fenêtres ; car, à travers les jalousies, un tromblon pouvait passer sa gueule évasée, et envoyer au milieu de cette foule compacte sa charge terrible dont pas une balle n'eût été perdue.
Au surplus, il fallait remplir les conditions du programme, et brûler ce fameux mannequin de Réveillon.
Ce fut alors qu'un zélé approcha une torche d'une botte de paille, et que le feu éclata.
Le soir venait : beau moment pour le jeu des flammes !
Nous l'avons dit, la porte avait d'abord été fermée, et heureusement bien fermée ; le feu vint gercer et grésiller le bois de cette porte, et bientôt la fumée aveugla la maison tout entière.
L'autodafé dura plus d'une heure ; l'émeute durait déjà depuis une demi- journée, et, cependant, pas un baudrier, pas un chapeau galonné, pas une baïonnette ne s'étaient montrés dans le faubourg.
D'où venait cette inertie ? Il y a une chose triste à dire : de la cour, selon toute probabilité.
Cette date du 27 avril, à laquelle nous sommes arrivés, avait été fixée pour l'ouverture des états généraux. La cour, qui connaissait leur composition, ne craignait rien tant que cette ouverture, déjà remise au 4 mai ; il s'agissait d'arriver à ce que, le 4 mai, ils n'ouvrissent pas plus qu'ils n'avaient ouvert le 27 avril.
Or, voici ce qu'espérait la cour : elle espérait qu'à cette bande de cinq ou six cents misérables, qu'à ces cent mille curieux qui regardaient, se joindraient trente ou quarante mille ouvriers sans pain et sans travail : que le pillage, dont on allait donner un spécimen chez Réveillon, éveillerait chez ces pauvres gens le fatal désir de suivre l'exemple offert : que l'on pillerait dix ou douze maisons riches, ce qui serait un prétexte parfaitement suffisant pour ajourner les états, et concentrer une armée sur Paris et sur Versailles.
Rien ne venait donc troubler, dans leurs opérations, les émeutiers du faubourg Saint-Antoine.
Il en résulta que, sur trois heures de l'après-midi, les poitrines tenues en haleine commencèrent à se dégonfler : ni défense de la maison Réveillon, ni intervention des voisins, ni répression de la part de l'autorité : on pouvait donc agir sans crainte.
Vers quatre heures du soir, on attaqua hardiment les portes, et l'on se mit sérieusement à escalader les murs.
Ce fut alors seulement que l'on vit paraître une escouade d'archers, qui se mit à parlementer avec les agresseurs.
Cette escouade était trop faible, d'ailleurs, pour faire autre chose que parlementer. Ce que voyant, les assaillants, encouragés par cette paterne opposition, se remirent au siège de la maison.
Alors, les coups de feu commencèrent à pleuvoir ; mais ils arrivaient trop tard : les esprits étaient montés. Les pierres répondirent aux coups de feu, et les archers furent battus et mis en fuite.
Les archers battus et mis en fuite, il ne s'agissait plus que de faire irruption dans la maison.
On ne se donna point la peine d'enfoncer la porte : on appliqua des échelles aux murs, on entra par les fenêtres, et les premiers entrés ouvrirent portes et fenêtres à ceux qui étaient restés dehors. Comment cela se fit-il ? On n'en sut jamais rien ; mais, en même temps que les hommes escaladaient les fenêtres, le feu prenait au magasin de papiers peints.
Il y eut alors un pêle-mêle effroyable ; chacun se dirigea selon son goût et son ambition : les uns se répandirent dans les chambres, et jetèrent les meubles par les fenêtres ; les autres coururent à la cave ; quelques-uns des plus avisés cherchèrent la caisse.
C'est là que nous conduirons le lecteur, s'il veut bien nous le permettre.
La caisse de Réveillon était située dans un petit bâtiment donnant sur une cour particulière qui servait à l'essai des couleurs.
Cette caisse était au premier étage : elle se composait d'une pièce assez vaste servant de bureau, placée entre une petite antichambre par laquelle on y entrait, et un cabinet dans lequel elle donnait elle-même.
C'est dans ce petit cabinet que se trouvait la caisse.
Ce meuble important était un grand coffre de bois que trois hommes eussent eu de la peine à porter, même quand il était vide. Des serrures de fer où la matière n'avait pas été épargnée, des clous à tête énorme, des poignées, des angles, des cadenas préservaient à la fois ce coffre de la main du temps et de la main des voleurs.
Il n'était point facile de trouver l'accès de cette chambre. Un petit escalier tournant y conduisait ; les ouvriers seuls le pouvaient connaître.
Aussi vit-on les pillards se répandre de préférence dans les appartements de Réveillon, forcer les secrétaires, briser les glaces, et faire main basse sur tout ce qui pouvait avoir une valeur.
Auger, au moment de l'invasion, s'était retiré dans la caisse. Il considérait de là les progrès de la tempête : des tourbillons rougeâtres et une fumée âcre commençaient à remplir les cours, et à chercher lentement l'air et le ciel.
Accroupi sur son coffre, Auger regardait ces énergumènes courant comme une horde de démons au milieu de l'enfer.
Ainsi placé derrière les grilles du petit cabinet, il semblait attendre que l'on envahît aussi son sanctuaire.
Mais, chose étrange, presque providentielle, rien ne venait du côté d'Auger ; toute l'ardeur des assaillants se portait d'un autre côté.
Les coups de feu commençaient, d'ailleurs, à se multiplier ; un détachement de gardes françaises commandé par M. du Châtelet venait d'arriver au faubourg ; seulement, ce détachement était composé de vingt-cinq ou trente hommes au plus.
Au bruit de la fusillade, Auger gagna une fenêtre de la rue ; il vit tomber quelques hommes. Il ignorait le nombre des gardes françaises : il devait présumer que ce nombre était assez considérable pour réprimer l'émeute.
« Je suis perdu ! murmura-t-il ; la caisse n'a pas été attaquée : ces soldats seront maîtres du terrain avant une demi-heure. »
Et il s'arrachait les cheveux de désespoir.
« Bon ! dit-il tout à coup, si ce que ces imbéciles n'ont pas su faire, je le faisais, moi ?... »
Il descendit dans la petite cour, jeta un papier allumé dans un baquet plein de térébenthine, qui s'alluma aussitôt en sifflant, et monta contre la muraille comme un serpent vert et rouge.
Auger vit que les couleurs voisines, toutes fabriquées à l'essence, prenaient feu : il entendit craquer la boiserie, et, ouvrant la caisse, il en tira le sac d'or que nous lui avons vu recueillir si soigneusement.
Puis il referma le coffre, s'approcha de la fenêtre de la cour, que léchaient déjà les langues de l'incendie, et, pour que la flamme gagnât plus vite, il enduisit le bois d'essence et d'huile grasse ; après quoi, il y mit le feu avec son flambeau.
C'était un spectacle hideux que le visage de ce scélérat illuminé par les lueurs de la flamme : l'expression sinistre de son regard, la joie de son sourire, eussent fait croire à la présence de quelque génie infernal acharné à la ruine du pauvre Réveillon ! Le feu gagnait et déjà enveloppait le coffre tout entier, dans lequel ne restaient plus que des valeurs commerciales pour une somme considérable, mais qui ne pouvaient plus être d'aucune utilité pour Auger, et pouvaient même servir à le dénoncer s'il avait eu l'imprudence de les prendre, lorsqu'une voix retentit derrière Auger.
« Oh ! misérable ! dit cette voix, vous êtes donc aussi un voleur ? »
Auger se retourna.
Celle qui avait parlé, c'était Ingénue, pâle, haletante, debout et immobile sur le seuil.
Auger lâcha le flambeau, qui roula à terre, et, contraint de s'adosser au mur tant pour se soutenir que pour cacher le sac, il enfonça ses doigts dans l'or, frémissant sous l'étreinte.
« Vous ! murmura-t-il, vous, ici ?
- Oui, moi ! dit Ingénue ; moi qui vous connais enfin sous toutes vos faces ! »
Auger passa sur son front une main couverte de sueur ; puis, instinctivement, il ramena cette main dans la poche de côté de sa veste, où elle rencontra le manche d'un couteau, assez fort et assez tranchant pour servir au besoin de poignard.
Au reste, il n'avait encore aucune idée bien arrêtée. Il ne pouvait comprendre, il ne pouvait en croire ses yeux.
Ingénue, qu'il savait sortie, qu'il croyait ne devoir rencontrer qu'à la nuit, le prenant en flagrant délit d'incendie et de vol !
Cette femme douce et pure, image de la vertu inoffensive, lui apparut comme Némésis aux yeux vengeurs, aux gestes pleins de menace.
Comment se trouvait-elle là ? C'est ce qu'il est bien facile d'expliquer.
Vers une heure, Ingénue était sortie comme d'habitude ; ce jour-là était celui des doux rêves : elle avait, du côté de Clignancourt, rendez-vous avec Christian.
Le rendez-vous avait passé avec la rapidité ordinaire : une fois réunis, le jeune homme et la jeune femme n'avaient plus idée de la mesure du temps ; quand la nuit descendait, ils comprenaient seulement que l'heure était venue de rentrer.
Alors, Christian reconduisait Ingénue le plus près possible de chez elle, on prenait jour et heure pour un nouveau rendez-vous, et l'on se séparait.
Ce jour-là, ils avaient bien entendu un certain bruit dans le faubourg ; mais comme il était impossible de deviner la cause de ce bruit, et, par conséquent, d'en prendre de l'ombrage, Christian, par les rues de derrière, avait reconduit Ingénue à une centaine de pas de la petite porte du jardin, et, là, il l'avait quittée.
Ingénue trouva la porte du jardin ouverte ; puis elle vit les tourbillons de fumée qui s'élevaient de la maison, puis elle entendit les cris qui retentissaient dans les cours et dans les appartements.
En s'approchant davantage, elle vit des hommes courir, hurlant ; et elle comprit alors que tout ce bruit, toutes ces rumeurs, venaient de la maison même de Réveillon.
Courageuse comme toute créature chaste et pure, elle songea que Réveillon courait sans doute quelque danger, et elle s'élança dans les appartements.
Les appartements étaient pleins d'hommes furieux, cherchant Réveillon.
Mais, comme il était facile de voir qu'ils ne l'avaient pas trouvé, Ingénue pensa que, selon toute probabilité, soit pour se dérober aux coups de ces hommes, soit pour défendre sa fortune contre eux, Réveillon s'était réfugié dans sa caisse, et elle y courut.
Nous avons vu comment elle y était arrivée juste au moment où Auger était occupé à brûler la caisse et la maison, pour voler l'or.
Ce fut alors qu'oubliant tout à cet affreux spectacle, Ingénue s'écria : « Oh ! misérable ! vous êtes donc aussi un voleur ? »
Quand Auger fut revenu de son premier saisissement, il comprit tout le danger de la situation.
Cette femme devait devenir ou sa complice ou sa victime.
Il connaissait trop bien Ingénue et ses principes pour espérer un instant qu'elle consentirait à se taire.
Cependant, il ne tenta pas moins un effort auprès d'elle, et, d'une voix altérée :
« Laissez-moi passer ! dit-il ; nos destinées n'ont plus rien qui soit commun : vous m'avez désespéré, humilié sans cesse. Je ne suis plus votre mari, vous n'êtes plus ma femme ; laissez-moi passer ! »
Ingénue comprit que cette heure qui devait la séparer à tout jamais de son mari, cette heure qu'elle avait instamment demandée au ciel, était arrivée.
« Vous laisser passer ? fit-elle.
- Il le faut ! dit Auger.
- Vous laisser passer avec l'or de M. Réveillon ?
- Qui vous dit que cet or soit à M. Réveillon ?
- Ne venez-vous pas de le tirer de sa caisse ?
- Ne puis-je avoir de l'or à moi dans la caisse de M. Réveillon ?
- Où est M. Réveillon ?
- Me l'avez-vous donné en garde ?
- Faites attention, malheureux ! vous me faites la même réponse que Caïn à Dieu, après la mort d'Abel. »
Auger ne répondit pas, et tenta de passer.
Mais Ingénue, barrant la porte :
« Voleur ! dit-elle, voleur ! »
Il s'arrêta, ne sachant que faire, et terriblement tenté par le mauvais esprit.
« Voleur ! reprit Ingénue ; vous avez peut-être assassiné M. Réveillon ! C'est vous qui avez incendié sa maison, c'est vous qui avez perdu tout ce qui vous a servi. Voleur et assassin ! rendez au moins cet or, qui, demain, sera peut-être la seule ressource de vos bienfaiteurs.
- Ah ! vous m'appelez assassin ? dit-il avec un funèbre sourire.
- Oui, assassin ! assassin !
- De sorte que vous voulez que je rende cet or ? »
Et il montra impudemment le sac à Ingénue.
« Sans doute que je veux que vous le rendiez.
- Et, si je ne le rends pas, vous me dénoncerez ?
- Oui ; car je veux qu'on sache quel monstre de perversité vous êtes !
- Ah ! fit le misérable d'une voix qui n'avait plus rien d'humain, vous ne direz rien, allez, madame Auger ! »
Et il porta de nouveau la main à sa poche.
Ingénue vit le mouvement, et le comprit.
« Au voleur ! » cria Ingénue en essayant d'ouvrir la fenêtre, dont les flammes commençaient à faire voler les vitres en éclats.
Et la fumée assez épaisse qui emplissait la chambre, en se précipitant par ces carreaux brisés, l'empêcha de pousser un second cri.
Auger s'élança sur elle, la saisit à la gorge, lui renversa la tête en arrière, et, au-dessus du sein gauche, lui enfonça dans la poitrine le couteau qu'il tenait tout ouvert dans sa poche.
Le sang jaillit avec violence, et Ingénue tomba en laissant échapper un râle étouffé.
Auger, d'un mouvement convulsif, serra contre sa poitrine le sac d'or qu'il venait de payer d'un meurtre, s'élança par la porte ouverte avec la rapidité d'une ombre, et trébucha aux deux marches qui séparaient la chambre de l'antichambre.
Pendant ce temps si court, il put entendre s'écrouler le mur et le plafond de la chambre qu'il quittait, et voir la flamme jaillissant par le courant d'air qu'elle venait de s'ouvrir.
Mais ce qu'il ne put voir et ce qu'il ne vit pas, c'est qu'au moment même, une échelle montra ses deux bras blancs à la fenêtre calcinée, et qu'à l'aide de cette échelle, par cette fenêtre, un homme s'élança, les cheveux et le visage noircis.
« Ingénue ! criait-il, Ingénue ! »
Cet homme était Christian ; Christian, qui n'avait fait attention à rien, qui n'avait écouté aucun bruit, remarqué aucune rumeur, tant qu'il avait eu près de lui Ingénue, mais qui, dès qu'Ingénue l'eut quitté, dès qu'il se trouva seul, comprit qu'il se passait dans le faubourg quelque chose d'inaccoutumé.
Il descendit de son fiacre, courut au premier groupe, et s'informa.
On lui dit que les ouvriers de Réveillon pillaient et incendiaient la maison de leur maître, et tuaient tous ceux qui l'habitaient.
Or, Ingénue et son père habitaient cette maison.
C'était en le quittant, lui, Christian, qu'Ingénue venait de rentrer dans cette maison.
Qu'allait-elle devenir au milieu de cette horrible bagarre ?
Peut-être aurait-il encore le temps de la rejoindre et de la sauver !
Il s'élança sur ses traces.
Il connaissait très bien la porte de ce jardin par laquelle, deux fois sur trois, Ingénue sortait pour le rejoindre ; il courut à cette porte.
Puis, fendant les groupes, heurté ici, blessé là-bas, brûlé aux jambes, déchiré en cent endroits, il était arrivé dans la petite cour. Là, il avait vu, à travers les vitres, le jeu de deux ombres. Il avait reconnu Auger, il avait deviné Ingénue.
D'ailleurs, la flamme éclairait assez pour que, d'en bas, il pût voir son visage.
Un cri s'était fait entendre.
Ce cri lui avait semblé un cri d'appel ; celle qui l'avait poussé demandait du secours.
Alors, dévoré d'angoisses, il avait regardé autour de lui, et, apercevant sous le hangar une échelle encore intacte, il s'en était emparé, l'avait dressée contre la muraille, avait fait voler la fenêtre d'un coup de poing, et, l'épée aux dents, il pénétrait dans la caisse au moment même où gisait sous les décombres fumants la pauvre femme, victime de sa loyauté et de sa bravoure.
Christian, en sautant dans le cabinet, cria par deux fois d'une voix terrible :
« Ingénue ! Ingénue ! »
A ce cri, à ce nom, quelque chose de blanc se souleva au milieu des ruines, et arrêta les pas du jeune homme.
Un murmure qui pouvait être un cri de joie et de reconnaissance s'échappa des lèvres de la jeune femme.
Ce cri inarticulé dénonçait à quelle douloureuse agonie était en proie celle qui le proférait.
Christian reconnut tout à la fois et la voix d'Ingénue, et Ingénue ensanglantée et mourante.
Avant qu'elle fût retombée, il avait passé son bras autour de sa taille, et l'avait enlevée de terre.
Il n'y avait pas moyen de rester un instant de plus dans cette fournaise : il emporta la jeune femme, tandis que le sang, coulant à flots de la blessure faite par le poignard d'Auger, inondait son épaule et laissait une longue trace sur les débris fumants ; il l'emporta, triste et cher fardeau ! au milieu des blessés, des morts, sous une grêle de balles, au sifflement des pierres ; il l'emporta, suffoqué par la fumée, dévoré par les flammes, meurtri par la chute des plafonds ; il l'emporta à travers les précipices ouverts sur les escaliers, traversa les cours, et ne s'arrêta que dans le jardin.
Il n'avait pas fait plus de dix pas dans la cour, que le petit bâtiment s'écroula derrière lui, et qu'un tourbillon de feu, de poussière et de hurlements monta jusqu'au ciel en répercutant au loin ses bruits et ses lueurs !

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