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Chapitre XLVI
Comment Chicot fit une visite à Bussy, et de ce qui s'ensuivit

Le lendemain de ce jour, ou plutôt de cette nuit, Bussy, vers neuf heures du matin, déjeunait tranquillement avec Remy, qui, en sa qualité de médecin, lui ordonnait des réconfortants ; ils causaient des événements de la veille, et Remy cherchait à se rappeler les légendes des fresques de la petite église de Sainte-Marie-l'Egyptienne.
- Dis donc, Remy, lui demanda tout à coup Bussy, ne ta-t-il semblé reconnaître ce gentilhomme qu'on trempait dans une cuve, quand nous sommes passés au coin de la rue Coquillière ?
- Sans doute, monsieur le comte, et même à ce point que, depuis ce moment, je cherche à me rappeler son nom.
- Tu ne l'as donc pas reconnu non plus ?
- Non. Il était déjà bien bleu.
- J'aurais du le délivrer, dit Bussy ; c'est un devoir entre gens comme il faut de se porter secours contre les manants ; mais, en vérité, Remy, j'étais trop occupé de mes affaires.
- Mais si nous ne l'avons pas reconnu, lui, dit le Haudouin, il nous a à coup sûr reconnus, nous qui avions notre couleur naturelle, car il m'a semblé qu'il roulait des yeux effroyables et qu'il nous montrait le poing en nous envoyant quelque menace.
- Tu es sûr de cela, Remy ?
- Je réponds des yeux effroyables ; mais je suis moins sûr du poing et des menaces, dit le Haudouin qui connaissait le caractère irascible de Bussy.
- Alors, il faudra savoir quel est ce gentilhomme, Remy ; je ne puis pas laisser passer ici une pareille injure.
- Attendez donc, attendez donc, s'écria le Haudouin, comme s'il fût sorti de l'eau froide ou entré dans l'eau chaude. Oh ! mon Dieu ! J'y suis, je le connais.
- Comment cela ?
- Je l'ai entendu jurer.
- Je le crois mordieu bien, tout le monde eut juré en pareille situation.
- Oui, mais lui, il a juré en allemand.
- Bah !
- Il a dit : Gott verdamme.
- C'est Schomberg, alors.
- Lui-même, monsieur le comte, lui-même.
- Alors, mon cher Remy, apprête tes onguents.
- Pourquoi cela ?
- Parce qu'il y aura avant peu quelque raccommodage à faire à sa peau ou à la mienne.
- Vous ne serez pas si fou que de vous faire tuer, étant en si bonne santé, et si heureux, dit Remy en clignant de l'oeil ; dame ! voilà déjà une fois que sainte Marie l'Egyptienne vous ressuscite, elle pourrait bien se lasser de faire un miracle que le Christ lui-même n'a essayé que deux fois.
- Au contraire, Remy, dit le comte, tu ne te doutes pas du bonheur qu'il y a, quand on est heureux, à s'en aller jouer sa vie contre celle d'un autre homme. Je t'assure que jamais je ne me suis battu de bon coeur quand j'avais perdu au jeu de grosses sommes, quand j'avais surpris ma maîtresse en faute ou quand j'avais quelque chose à me reprocher ; mais chaque fois, au contraire, que ma bourse est ronde, mon coeur léger et ma conscience nette, je m'en vais hardi et railleur sur le pré ; là, je suis sûr de ma main, je lis jusqu'au fond des yeux de mon adversaire, je l'écrase de ma chance. Je suis dans la position d'un homme qui joue au passe-dix avec la veine, et qui sent le vent de la fortune pousser à lui l'or de son antagoniste. Non, c'est alors que je suis brillant, sûr de moi, c'est alors que je me fends à fond. Je me battrais admirablement bien aujourd'hui, Remy. dit le jeune homme en tendant la main au docteur, car, grâce à toi, je suis bien heureux !
- Un moment, un moment, dit le Haudouin, vous vous priverez cependant, s'il vous plaît, de ce plaisir. Une belle dame de mes amies vous a recommandé à moi, et m'a fait jurer de vous garder sain et sauf, sous prétexte que vous lui deviez déjà la vie, et qu'on n'a pas la liberté de disposer de ce qu'on doit.
- Bon Remy, fit Bussy en se plongeant dans ce vague de la pensée qui permet à l'homme amoureux d'entendre et de voir tout ce qu'on dit et tout ce qu'on fait, comme derrière une gaze au théâtre, on voit les objets sans leurs angles et sans les crudités de leurs tons ; état délicieux qui est presque un rêve, car tout en suivant de l'âme sa pensée douce et fidèle, on a les sens distraits par la parole ou le geste d'un ami.
- Vous m'appelez bon Remy, dit le Haudouin, parce que je vous ai fait revoir madame de Monsoreau, mais m'appellerez-vous encore bon Remy quand vous allez être séparé d'elle, et malheureusement le jour approche, s'il n'est pas arrivé.
- Plaît-il ? s'écria énergiquement Bussy. Ne plaisantons pas là-dessus, maître le Haudouin.
- Eh ! monsieur, je ne plaisante pas ; ne savez-vous point qu'elle part pour l'Anjou, et que moi-même je vais avoir la douleur d'être séparé de mademoiselle Gertrude ?... Ah !
Bussy ne put s'empêcher de sourire au prétendu désespoir de Remy.
- Tu l'aimes beaucoup ? demanda-t-il.
- Je crois bien... et elle donc... Si vous saviez comme elle me bat.
- Et tu te laisses faire ?
- Par amour pour la science ; elle m'a forcé d'inventer une pommade souveraine pour faire disparaître les bleus.
- En ce cas tu devrais bien en envoyer plusieurs pots à Schomberg.
- Ne parlons plus de Schomberg, il est convenu que nous le laissons se débarbouiller à sa guise.
- Oui, et revenons à madame de Monsoreau, ou plutôt à Diane de Méridor, car tu sais...
Oh ! mon Dieu, oui ; je sais.
- Remy, quand partons-nous ?
- Ah ! voilà ce dont je me doutais ; le plus tard possible, monsieur le comte.
- Pourquoi cela ?
- D'abord, parce que nous avons à Paris ce cher M. d'Anjou, le chef de la communauté, qui s'est mis, hier soir, à ce qu'il m'a semblé, dans de telles affaires, qu'il va évidemment avoir besoin de nous.
Ensuite ?
- Ensuite, parce que M. de Monsoreau, par une bénédiction toute particulière, ne se doute de rien à votre endroit du moins, et qu'il se douterait peut-être de quelque chose s'il vous voyait disparaître de Paris en même temps que sa femme qui n'est point sa femme.
- Eh bien ! que m'importe qu'il s'en doute ?
- Oh ! oui ; mais cela m'importe beaucoup à moi, mon cher seigneur. Je me charge de raccommoder les coups d'épée reçus en duel, parce que, comme vous tirez de première force, vous ne recevez jamais des coups d'épée bien sérieux, mais je récuse les coups de poignard poussés dans les guets-apens et surtout par les maris jaloux ; ce sont des animaux qui, en pareil cas, tapent fort dur ; voyez plutôt ce pauvre M. de Saint-Mégrin, si méchamment mis à mort par notre ami M. de Guise.
- Que veux-tu, cher ami, s'il est dans ma destinée d'être tué par le Monsoreau !
- Eh bien ?
- Eh bien ! il me tuera.
- Et puis, huit jours, un mois, un an après madame de Monsoreau épousera son mari, ce qui fera énormément enrager votre pauvre âme, qui verra cela d'en haut ou d'en bas, et qui ne pourra pas s'y opposer, vu qu'elle n'aura plus de corps.
- Tu as raison, Remy, je veux vivre.
- A la bonne heure ! mais ce n'est pas le tout que de vivre, croyez-moi, il faut encore suivre mes conseils, être charmant pour le Monsoreau ; il est, pour le moment, d'une affreuse jalousie contre M. le duc d'Anjou, qui, tandis que vous grelottiez la fièvre dans votre lit, se promenait sous les fenêtres de la dame, comme un Espagnol à bonnes fortunes, et qui a été reconnu à son Aurilly. Faites-lui toutes sortes d'avances, à ce bon mari, qui ne l'est pas, n'ayez pas même l'air de lui demander ce qu'est devenue sa femme ; c'est inutile, puisque vous le savez, et il répandra partout que vous êtes le seul gentilhomme qui possédiez les vertus de Scipion : sobriété et chasteté.
- Je crois que tu as raison, dit Bussy. A présent que je ne suis plus jaloux de l'ours, je veux l'apprivoiser, ce sera d'un suprême comique ! Ah ! maintenant, Remy, demande-moi tout ce que tu voudras, tout m'est facile, je suis heureux.
En ce moment quelqu'un frappa à la porte ; les deux convives firent silence.
- Qui va là ? demanda Bussy.
- Monseigneur, répondit un page, il y a en bas un gentilhomme qui veut vous parler.
- Me parler, à moi, si matin, qui est-ce ?
- Un grand monsieur, vêtu de velours vert avec des bas roses, une figure un peu risible, mais l'air d'un honnête homme.
- Eh ! pensa tout haut Bussy, serait-ce Schomberg ?
- Il a dit un grand monsieur.
- C'est vrai, ou le Monsoreau ?
- Il a l'air d'un honnête homme.
- Tu as raison, Remy, ce ne peut être ni l'un ni l'autre ; fais entrer.
L'homme annoncé parut au bout d'un instant sur le seuil.
- Ah ! mon Dieu, s'écria Bussy en se levant précipitamment à la vue du visiteur, tandis que Remy, en ami discret, se retirait par la porte d'un cabinet.
« Monsieur Chicot ! exclama Bussy.
- Lui-même, monsieur le comte, répondit le Gascon.
Le regard de Bussy s'était fixé sur lui avec cet étonnement qui veut dire en toutes lettres, sans que la bouche ait besoin de prendre le moins du monde part à la conversation :
- Monsieur, que venez-vous faire ici ?
Aussi, sans être autrement interrogé, Chicot répondit d'un ton fort sérieux :
- Monsieur, je viens vous proposer un petit marché.
- Parlez, monsieur, répliqua Bussy avec surprise.
- Que me promettez-vous, si je vous rendais un grand service ?
- Cela dépend du service, monsieur, répondit assez dédaigneusement Bussy.
Le Gascon feignit de ne point remarquer cet air de dédain.
- Monsieur, dit Chicot en s'asseyant et en croisant ses longues jambes l'une sur l'autre, je remarque que vous ne me faites pas l'honneur de m'inviter à m'asseoir.
Le rouge monta au visage de Bussy.
- C'est autant à ajouter encore, dit Chicot, à la récompense qui me reviendra quand je vous aurai rendu le service en question.
Bussy ne répondit point.
- Monsieur, continua Chicot sans se démonter connaissez-vous la Ligue ?
- J'en ai fort entendu parler, répondit Bussy, commençant à prêter une certaine attention à ce que lui disait le Gascon.
- Eh bien ! monsieur, dit Chicot, vous devez savoir en ce cas que c'est une association d'honnêtes chrétiens, réunis dans le but de massacrer religieusement leurs voisins, les huguenots. En êtes-vous, monsieur, de la Ligue ?... Moi, j'en suis.
- Mais, monsieur ?
- Dites seulement oui ou non.
- Permettez-moi de m'étonner, dit Bussy.
- Je me faisais l'honneur de vous demander si vous étiez de la Ligue ; m'avez-vous entendu ?
- Monsieur Chicot, dit Bussy, comme je n'aime pas les questions dont je ne comprends pas le sens, je vous prie de changer la conversation, et j'attendrai encore quelques minutes, accordées à la bienséance, pour vous répéter que, n'aimant point les questions, je n'aime naturellement pas les questionneurs.
- Fort bien : la bienséance est bienséante, comme dit ce cher M. de Monsoreau, lorsqu'il est en belle humeur.
A ce nom de Monsoreau, que le Gascon prononça sans apparente allusion, Bussy recommença de prêter attention.
- Hein, se dit-il tout bas, se douterait-il de quelque chose, et m'aurait-il envoyé ce Chicot pour m'espionner ?...
Puis tout haut :
- Voyons, monsieur Chicot, au fait, vous savez que nous n'avons plus que quelques minutes.
- Optique, dit Chicot, quelques minutes c'est beaucoup, en quelques minutes on se dit bien des choses ; je vous dirai donc qu'en effet j'aurais pu me dispenser de vous questionner, attendu que si vous n'êtes pas de la sainte Ligue, vous en serez bientôt, indubitablement, attendu que M. d'Anjou en est.
- M. d'Anjou ! qui vous a dit cela ?
- Lui-même parlant à ma personne, comme disent ou plutôt comme écrivent messieurs les gens de loi, comme écrivait par exemple ce bon et cher M. Nicolas David, ce flambeau du forum parisienne, lequel flambeau s'est éteint sans qu'on sache qui a soufflé dessus : or, vous comprenez bien que si M. le duc d'Anjou est de la Ligue, vous ne pouvez vous dispenser d'en être, vous qui êtes son bras droit, que diable ! La Ligue sait trop bien ce qu'elle fait pour accepter un chef manchot.
- Eh bien ! monsieur Chicot, après ? dit Bussy d'un ton évidemment plus courtois qu'il n'avait été jusque-là.
- Après ? reprit Chicot. Eh bien ! après, si vous en êtes, ou si l'on croit seulement que vous devez en être, et on le croira certainement, il vous arrivera, à vous, ce qui est arrivé à Son Altesse Royale.
- Qu'est-il donc arrivé à Son Altesse Royale ? s'écria Bussy.
- Monsieur, dit Chicot en se relevant et en imitant la pose qu'avait prise Bussy un instant auparavant, monsieur, je n'aime pas les questions, et, si vous me permettez de le dire tout de suite, je n'aime pas les questionneurs ; j'ai donc grande envie de vous laisser faire, à vous, ce qu'on a fait cette nuit à votre maître.
- Monsieur Chicot, dit Bussy avec un sourire qui contenait toutes les excuses qu'un gentilhomme peut faire, parlez, je vous en supplie ; où est M. le duc ?
- Il est en prison.
- Où cela ?
- Dans sa chambre. Quatre de mes bons amis l'y gardent même à vue. M. de Schomberg, qui fut teint en bleu hier soir, comme vous savez, puisque vous passiez là au moment de l'opération ; M. d'Epernon, qui est jaune de la peur qu'il a eue ; M. de Quélus, qui est rouge de colère, et M. de Maugiron, qui est blanc d'ennui ; c'est fort beau à voir, attendu que, comme le duc commence à verdir de peur, nous allons jouir d'un arc-en-ciel complet, nous autres privilégiés du Louvre.
- Ainsi, monsieur, dit Bussy, vous croyez qu'il y a danger pour ma liberté ?
- Danger, un instant, monsieur ; je suppose même qu'en ce moment on est... on doit... où l'on devrait être en chemin pour vous arrêter.
Bussy tressaillit.
- Aimez-vous la Bastille, monsieur de Bussy ? C'est un endroit fort propre aux méditations, et M. Laurent Testu, qui en est le gouverneur, fait une cuisine assez agréable à ses pigeonneaux.
- On me mettrait à la Bastille ? s'écria Bussy.
- Ma foi ! je dois avoir dans ma poche quelque chose comme un ordre de vous y conduire, monsieur de Bussy. Le voulez-vous voir ?
Et Chicot tira effectivement des poches de ses chausses, dans lesquelles eussent tenu trois cuisses comme la sienne, un ordre du roi en bonne forme, commandant d'appréhender au corps, partout où il serait, M. Louis de Clermont, seigneur de Bussy d'Amboise.
- Rédaction de M. de Quélus, dit Chicot, c'est fort bien écrit.
- Alors, monsieur, s'écria Bussy, touché de l'action de Chicot, vous me rendez donc véritablement un service ?
- Mais je crois que oui, dit le Gascon ; êtes-vous de mon avis, monsieur ?
- Monsieur, dit Bussy, je vous en conjure, traitez-moi comme un galant homme ; est-ce pour me nuire en quelque autre rencontre que vous me sauvez aujourd'hui ? car vous aimez le roi, et le roi ne m'aime pas.
- Monsieur le comte, dit Chicot en se soulevant sur sa chaise et en saluant, je vous sauve pour vous sauver ; maintenant pensez ce qu'il vous plaira de mon action.
- Mais, de grâce, à quoi dois-je attribuer une pareille bienveillance ?
- Oubliez-vous que je vous ai demandé une récompense ?
- C'est vrai.
- Eh bien ?
-. Ah ! monsieur, de grand coeur !
- Vous ferez donc à votre tour ce que je vous demanderai, un jour ou l'autre ?
- Foi de Bussy ! en tant que la chose sera faisable.
- Eh bien ! voilà qui me suffit, dit Chicot en se levant. Maintenant, montez à cheval et disparaissez ; moi, je porte l'ordre de vous arrêter à qui de droit.
- Vous ne deviez donc pas m'arrêter vous-même ?
- Allons donc ! pour qui me prenez-vous ? je suis gentilhomme, monsieur.
. Mais j'abandonne mon maître.
- N'en ayez pas remords, car il vous a déjà abandonné.
- Vous êtes un brave gentilhomme, monsieur Chicot, dit Bussy au Gascon.
- Parbleu, je le sais bien, répliqua celui-ci.
Bussy appela le Haudouin.
Le Haudouin, il faut lui rendre justice, écoutait à la porte ; il entra aussitôt.
- Remy ! s'écria Bussy, Remy, Remy, nos chevaux !
- Ils sont sellés, Monseigneur, répondit tranquillement Remy.
- Monsieur, dit Chicot, voilà un jeune homme qui a beaucoup d'esprit.
- Parbleu, dit Remy, je le sais bien.
Et Chicot le saluant, il salua Chicot comme l'eussent fait quelque cinquante ans plus tard, Guillaume Gorin et Gaultier-Garguille.
Bussy rassembla quelques piles d'écus, qu'il fourra dans ses poches et dans celles du Haudouin.
Après quoi, saluant Chicot et le remerciant une dernière fois, il s'apprêta à descendre.
- Pardon, monsieur, dit Chicot, mais permettez-moi d'assister à votre départ.
Et Chicot suivit Bussy et le Haudouin jusqu'à la petite cour des écuries, où effectivement deux chevaux attendaient tout sellés aux mains du page.
- Et où allons-nous ? fit Remy en rassemblant négligemment les rênes de son cheval.
- Mais..., fit Bussy en hésitant ou en paraissant hésiter.
- Que dites-vous de la Normandie, monsieur ? dit Chicot qui regardait faire et examinait les chevaux en connaisseur.
- Non, répondit Bussy, c'est trop près.
- Que pensez-vous des Flandres ? continua Chicot.
- C'est trop loin.
- Je crois, dit Remy, que vous vous décideriez pour l'Anjou, qui est à une distance raisonnable, n'est-ce pas, monsieur le comte ?
- Oui, va pour l'Anjou, dit Bussy en rougissant.
- Monsieur, dit Chicot, puisque vous avez fait votre choix et que vous allez partir...
- A l'instant même.
- J'ai bien l'honneur de vous saluer ; pensez à moi dans vos prières.
Et le digne gentilhomme s'en alla toujours aussi grave et aussi majestueux, en écornant les angles des maisons avec son immense rapière.
- Ce que c'est que le destin, cependant, monsieur, dit Remy.
- Allons, vite, s'écria Bussy, et peut-être la rattraperons-nous.
- Ah ! monsieur, dit le Haudouin, si vous aidez le destin, vous lui ôterez son mérite.
Et ils partirent.

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1998-2010
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