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Chapitre XXXVIII


Waterloo. – L'Elysée. – La Malmaison.

J'ai dit le premier, je crois, que Waterloo était un grand désastre politique, mais un grand bonheur social.
Waterloo est, comme Marengo, une journée providentielle. Seulement, cette fois, au lieu d'être une victoire, c'est une défaite, mais une défaite si providentielle, que nous perdons Waterloo par la même cause qui nous a fait gagner Marengo.
A Marengo, nous sommes battus à cinq heures du soir. Desaix arrive, inattendu de l'ennemi, et, à six heures, nous sommes vainqueurs.
A Waterloo, nous sommes victorieux à cinq heures du soir. Blčcher arrive, inattendu par nous, et, à six heures, nous sommes vaincus.
Jamais la main de Dieu n'a été étendue d'une façon plus visible sur l'Europe, dont les destins se jugent à Waterloo, que dans cette fameuse journée du 18 juin.
Napoléon, cet homme aux ordres rapides, clairs et précis, Napoléon laisse Grouchy sans ordres.
Puis, quand il a besoin de Grouchy, quand il comprend que le succès de la journée dépend de Grouchy, il envoie un officier d'ordonnance pour l'appeler vers Mont-Saint-Jean. L'officier est pris, et Grouchy continue à se diriger sur Wavre !
Pourquoi donc un seul officier d'ordonnance ? Pourquoi pas dix ?
Pourquoi pas vingt ? Les officiers d'ordonnance manquent-ils autour de Napoléon ?
Et Grouchy qui entend le canon, et qui ne marche pas ! Grouchy qui s'obstine à rester malgré les prières, malgré les supplications des généraux qui l'entourent, tandis que Blčcher marche, lui !
Et puis attendez, une dernière chose : celle-là, je suis sûr de la dire le premier ; celle-là, je la tiens de son plus proche parent, de son plus fidèle ami, de son dernier général, de celui qui n'a pas désespéré, quand tout le monde désespérait ; celle-là est indigne de figurer dans un récit d'historien, c'est vrai ; mais je n'écris pas une histoire, j'écris des mémoires.
Avez-vous remarqué qu'à Ligny, aux Quatre-Bras et à Waterloo, Napoléon, qui, les jours de bataille, ne quitte pas sa selle, avez-vous remarqué que Napoléon monte à peine à cheval ?
Avez-vous remarqué que, lorsque, par un dernier, par un suprême effort, il tâche de retenir la victoire qui s'échappe, et se met à la tête de sa vieille garde pour donner lui-même contre l'ennemi, avez-vous remarqué que c'est à pied qu'il charge ?
Pourquoi cela ? Vous allez le savoir.
Quand la bataille est perdue, quand la charge anglaise pénètre au coeur de nos carrés, quand les batteries de Blčcher font ricocher leurs boulets tout autour de Napoléon ; quand toute cette vaste plaine n'est plus qu'une fournaise, un cimetière, une vallée de Josaphat ; quand on n'entend plus, au milieu de tous ces cris, que le cri fatal de Sauve qui peut ! quand les plus braves fuient, quand le général Cambronne et la garde seuls s'arrêtent pour mourir, Napoléon jette un dernier regard sur cette vaste étendue où plane l'ange de l'extermination, puis il appelle à lui son frère Jérôme :
- Jérôme, lui dit-il, la bataille de Mont-Saint-Jean est perdue ; mais celle de Laon est gagnée. Tu vas rallier ce que tu pourras d'hommes, quarante mille, trente mille, vingt mille même ; tu t'arrêteras avec eux à Laon ; la position est imprenable, et je m'en rapporte à toi pour qu'elle ne soit pas prise. Moi, pendant ce temps, avec vingt-cinq hommes et deux bons guides, je me jette dans les chemins de traverse, et je rejoins Grouchy, qui n'est pas à plus de six lieues d'ici avec trente-cinq mille hommes, et, tandis que tu arrêtes l'ennemi devant Laon, je tombe sur ses derrières, et je l'éparpille au coeur de la France : le patriotisme français fera le reste.
Puis, comme Richard III, après cette bataille où il venait de perdre la couronne, et où il allait perdre la vie :
- Un cheval, un cheval ! demanda-t-il. On lui amena son cheval.
Il se mit péniblement en selle, choisit son escorte, fit approcher les guides, et lança son cheval au galop.
Mais, après vingt-cinq pas, il s'arrêta court :
- Impossible, dit-il, je souffre trop !
Et il descendit.
Jérôme accourut.
- Fais de ton mieux, lui dit-il ; quant à moi, je ne puis rester à cheval.
Napoléon, à son retour de l'île d'Elbe, avait eu, comme François Ier, sa belle Ferronnière ; seulement, ce n'était pas la vengeance d'un mari qui la lui avait envoyée, c'était le conseil d'un diplomate.
Homme de la fatalité, tu as accompli ta tâche, maintenant tu peux tomber !
Aussi, voyez-le à l'Elysée, cet homme au regard d'aigle, aux résolutions rapides, à la pensée tenace et absolue ! Est-il l'homme de Toulon, de Lodi, des Pyramides, de Marengo, d'Austerlitz, d'Iéna et de Wagram ? Est-ce l'homme de Lčtzen et de Bautzen ? Est-ce même l'homme de Montmirail et de Montereau ? Non, toute son énergie s'est usée dans ce miraculeux retour de l'île d'Elbe.
D'abord, il ne comprend rien à sa défaite. Sans cesse, à Sainte-Hélène il revient sur cette journée, et remâche cette amère absinthe.
- Journée incompréhensible ! concours de fatalités inouïes ! Grouchy ! Ney ! d'Erlon ! Y a-t-il eu trahison ? Y a-t-il eu malheur ?... Et, pourtant, tout ce qui tenait à l'habileté avait été accompli ; tout n'a manqué que quand tout avait réussi !
La Providence, sire !
- Singulière campagne ! murmure-t-il une autre fois, où, dans moins d'une semaine, j'ai vu s'échapper trois fois de mes mains le triomphe assuré de la France, et la fixation de ses destinées ! Sans la défection d'un traître, j'anéantissais les ennemis en ouvrant la campagne ; je les écrasais à Ligny, si ma gauche eût fait son devoir ; je les écrasais encore à Waterloo, si ma droite ne m'eût pas manqué.
Sire, la Providence !
Et une autre fois encore :
- Singulière défaite, où, malgré la plus horrible catastrophe, la gloire du vaincu n'a pas souffert, ni celle du vainqueur augmenté ! La mémoire de l'un survivra à sa destruction ; la mémoire de l'autre s'ensevelira peut-être dans son triomphe !
Non, sire, votre gloire n'a pas souffert, car vous luttiez contre la destinée. Ces vainqueurs qu'on a appelés Wellington, Bčlow, Blčcher, ces vainqueurs n'avaient que des masques d'hommes, et c'étaient des génies envoyés par le Très-Haut pour vous combattre.
La Providence, sire, la Providence !
Toute une nuit, Jacob lutta contre un ange qu'il prit pour un homme ; trois fois il fut terrassé, et, le matin venu, en songeant à sa triple défaite, il pensa devenir fou.
Trois fois aussi vous avez été terrassé, sire, trois fois vous avez senti sur votre poitrine frémissante le genou du vainqueur divin.
A Moscou, à Leipzig, à Waterloo !
Vous qui aimiez tant Ossian, sire, ne connaissez-vous pas cette histoire de Thor, fils d'Odin ? Un jour, il arriva dans une ville souterraine, et dont il ne connaissait pas le nom. Un cirque était ouvert tout garni de spectateurs ; un chevalier, revêtu d'une armure noire, avait lancé son défi. Depuis le matin, il attendait inutilement son adversaire.
Thor entra, marcha droit à ce chevalier sombre et lui dit :
- Je ne sais pas qui tu es ; mais n'importe, me voilà, combattons !
Et ils combattirent depuis le milieu du jour jusqu'à la nuit. C'était la première fois que Thor rencontrait un champion qui lui résistât.
Non seulement celui-là résistait, mais encore, à chaque instant, Thor sentait qu'il prenait avantage sur lui, et cependant, quoique à chacun de ses coups, tout son corps frémit, tout son sang se glaçât, il ne recula point d'un pas ; et, quand les forces lui manquèrent, quand il lui fallut tomber, il tomba sur un genou, puis sur deux, puis sur une main, et, toujours essayant de combattre, il finit par se coucher, lui, Thor, lui, fils d'Odin, sur la poussière du cirque, haletant, vaincu. expirant !
- En faveur de ton courage, et parce que tu as fait ce que nul n'avait fait avant toi, dit le chevalier noir, je te fais grâce. Seulement, la première fois que tu me rencontreras et que nous lutterons ensemble, il n'en sera pas ainsi.
- Qui donc es-tu, étrange vainqueur ? dit le fils d'Odin.
- Je suis la Mort, dit le chevalier noir en levant la visière de son casque.
Et Thor fut près d'un an à revenir à la vie pour avoir lutté ainsi contre la Mort.
Il en a été de vous comme de Jacob et de Thor, sire ; vous avez pensé devenir fou, vous avez été un an à revenir à la vie.
Voyons-le à l'Elysée.
Il y arrive à sept heures du matin.
Plus tard, il devine ce qu'il eût dû faire.
Ecoutez-le :
- Quand je suis arrivé à Paris, j'étais épuisé. Depuis trois jours, je n'avais ni mangé ni dormi. Je me suis mis au bain en attendant les ministres que j'avais mandés. Sans doute, j'aurais dû aller tout de suite aux Chambres ; mais j'étais harassé de fatigue. Qui pouvait croire qu'elles se déclareraient si vite ? Je suis arrivé à Paris à sept heures ; à midi, les Chambres étaient à l'insurrection.
Puis il passe lentement la main sur son visage, et, d'une voix sourde :
- Après tout, dit-il, je ne suis qu'un homme.
Cromwell et Louis XIV aussi n'étaient que des hommes, sire, et l'un est entré aux Chambres le chapeau sur la tête, l'autre au Parlement le fouet à la main.
Mais l'un était plein de croyance, l'autre plein de jeunesse, tandis que vous, sire, vous n'aviez plus ni jeunesse ni foi.
- Je vieillis, dit-il à Benjamin Constant ; on n'est plus à quarante-cinq ans ce qu'on est à trente. Je ne demande pas mieux que d'être éclairé.
Sire, sire ! où avez-vous donc laissé éteindre le feu de votre génie, que ce soit à Benjamin Constant de vous éclairer ?
Il arrive le 21, et, le 22, il abdique en faveur de son fils.
Et pourquoi abdique-t-il ?
Les Chambres l'ont exigé.
Voyez-vous Napoléon, roi constitutionnel, s'empressant de céder au désir des Chambres !
Sire, l'homme du 22 juin est-il toujours l'homme du 18 Brumaire, dites ?
Attendez... Peut-être croit-il tout perdu ; peut-être, si quelque lueur d'espoir renaissait, rallumerait-il à cette lueur la flamme éteinte qui le fait, dans l'obscurité où il se trouve, recourir à la lanterne de Benjamin Constant.
Jérôme arrive le 22 au soir. Il tombe bien : Lucien vient d'insulter son frère. L'homme sans ambition, le républicain pur, qui a refusé le titre de roi de Portugal, que lui offrait l'empereur, pour accepter celui de prince de Canino, que lui offrira le pape, Lucien est entré chez lui, et, à son tour, faisant des conditions à l'Elysée, comme Napoléon lui en avait fait à Mantoue, il lui avait dit :
- La France ne croit plus à la magie de l'Empire ; elle veut la liberté jusque dans ses abus ; elle aime mieux la Charte que les grandeurs de votre règne ; avec moi, elle voudra la république, parce qu'elle y croira. Je vous donnerai le commandement en chef des armées, et, avec l'aide de votre épée, je sauverai la Révolution.
Vous le voyez, le moment est bon. Jérôme, d'ailleurs, vient de faire, jeune soldat, ce que Napoléon n'eût pas attendu d'un vieux général. A force d'activité, d'insistance, de volonté, il a arrêté les fuyards ; il les a ralliés sous les murs de Laon ; il les a remis aux mains du maréchal Soult, et c'est épuisé de fatigue, tout sanglant encore des blessures qu'il a reçues, qu'il vient, non pas comme Lucien faire des conditions à son frère, mais apprendre à l'empereur la réorganisation des 1er, 2e et 6e corps, lesquels, réunis aux quarante-deux mille hommes du maréchal Grouchy, porteront à plus de quatre-vingt mille hommes l'armée avec laquelle il peut entrer en opérations immédiates, pour prendre sur le duc de Wellington une sanglante revanche.
Quatre-vingt mille hommes ! c'est plus qu'il n'en a jamais eu pendant la campagne de 1814.
Sire, sire ! c'est le cas de dire comme à Montereau : « Allons, Bonaparte, sauve Napoléon ! »
Napoléon écoute Jérôme, ne répond rien, et le congédie.
Un instant après, on entend un grand tumulte sous la terrasse de l'Elysée : ce sont deux régiments de tirailleurs de la garde qui, formés d'enrôlés volontaires pris parmi les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, défilent en désordre devant le jardin, avant-garde d'une colonne innombrable d'hommes du peuple qui demandent à grands cris que l'empereur se mette à leur tête pour les mener à l'ennemi.
Ces régiments font partie de ceux dont le général Montholon vient de recevoir le commandement.
L'empereur lui ordonne de les faire retourner à leur poste, et s'avance lui même vers eux, non pas pour exciter, mais pour calmer leur patriotisme.
Alors, un de ces hommes lui crie :
- Sire, souvenez-vous du 18 Brumaire.
Vous croyez qu'à ce mot, à cette date, à ce souvenir, le coeur va bondir, l'oeil étinceler ? Vous croyez que le cheval va sentir l'éperon et se cabrer ?
Point.
- Vous me rappelez le 18 Brumaire, dit-il ; mais vous oubliez que les circonstances ne sont pas les mêmes. Au 18 Brumaire, la nation était unanime dans son désir de changement ; il ne fallait qu'un faible effort pour arriver à ce qu'elle désirait ; aujourd'hui, il faudrait des flots de sang français, et jamais une seule goutte n'en sera versée par moi pour défendre une cause toute personnelle.
Cet homme comprend donc qu'il y a deux causes maintenant : sa cause personnelle et celle de la France.
Ah ! cette fois, sire, vous avez raison ; vous entrevoyez la première lueur de cette grande auréole qui vous fera dire à Sainte-Hélène :
- Dans cinquante ans, l'Europe sera républicaine ou cosaque.
Les deux régiments s'éloignèrent en se disant :
- Qu'a donc l'empereur ? Nous ne le reconnaissons plus.
Et, en effet, il n'était plus reconnaissable. Le voilà sortant de Paris le 25, en fugitif, pour aller à la Malmaison, où de nouvelles hésitations l'attendent.
Aussi n'en croit-on rien autour de lui. Le calme, ou plutôt l'abattement de l'Elysée épouvante amis et ennemis.
- C'est le sommeil du lion, dit-on tout bas, de crainte de le réveiller.
Ce départ pour la Malmaison est en fait bien autrement grave. L'empereur quitte Paris afin d'être libre de ses actions ; il va faire un détour, regagner, par Saint-Denis, la route de Laon, et, avant trois jours, on entendra le canon de quelque nouveau Montmirail.
Aussi lui envoie-t-on le général Becker pour le garder.
Rassurez-vous ! c'est bien à la Malmaison qu'il va. Tout ce qu'il désire, ce vaincu, c'est un bâtiment, bon voilier, qui le conduise vite en Amérique. Il a hâte de la vie privée, et sera citoyen de New York ou de Philadelphie. Il se fera planteur, défricheur, laboureur.
Sire, il y a eu de quoi faire en vous un consul, un empereur, un roi, mais il n'y a pas en vous de quoi faire un Cincinnatus.
Ils le savent si bien, ces hommes qui se sont faits gouvernement à votre place, qu'ils expédient ordre sur ordre pour que vous partiez. Tant que vous serez à la Malmaison, il n'y aura rien de certain pour les Bourbons, avec lesquels ils ont déjà traité.
Et cependant ils ont tort ; que fait l'empereur à la Malmaison ? Les pieds sur l'appui de la fenêtre, il lit Montaigne.
Tout à coup, on entend un grand bruit, les tambours battent.
Les fanfares des instruments de cuivre résonnent ; l'air retentit des cris de « Vive l'empereur ! à bas les Bourbons ! à bas les traîtres ! »
- Qu'est-ce que cela, Montholon ? demande l'empereur.
- Sire, c'est la division Brayer : vingt mille hommes qui reviennent de la Vendée ; ils sont arrêtés devant les grilles du château.
- Que veulent-ils ?
- Ils veulent qu'on leur rende leur empereur, et, si on ne leur rend pas, ils déclarent qu'ils viendront le prendre.
L'empereur reste un instant pensif ; sans doute, il calcule qu'avec les quatre- vingt mille hommes de Soult, les vingt mille hommes de Brayer, les cinquante mille fédérés, les trois millions de gardes nationaux, il y a encore une belle défense, une belle lutte à soutenir. On annonce que le général Brayer demande à parler à l'empereur.
- Faites entrer.
- Sire, sire ! au nom de mes soldats, en mon nom, au nom de la France ! sire, venez ! nous vous attendons !
- Pour quoi faire ?
- Pour marcher à l'ennemi ; pour venger Waterloo ; pour sauver la France ! Venez, sire, venez !...
Un an après, le pied sur l'appui de la fenêtre de Longwood, un livre à la main comme à la Malmaison, Napoléon disait :
- L'histoire me reprochera de m'en être allé trop facilement. J'avoue qu'il y eut un peu de dépit dans ma résolution. Quand, à la Malmaison, j'ai offert au gouvernement provisoire de me remettre à la tête de l'armée, pour profiter de l'imprudence des alliés et les anéantir sous les murs de Paris, avant la fin de la journée, vingt-cinq mille Prussiens auraient mis bas les armes. On n'a pas voulu de moi. J'ai envoyé promener les meneurs, et je suis parti. J'ai eu tort : les bons Français ont le droit de me le reprocher. J'aurais du monter à cheval, quand la division Brayer a paru devant la Malmaison ; me faire conduire par elle au milieu de l'armée ; battre l'ennemi ; et prendre la dictature de fait, en appelant à moi le peuple des faubourgs de Paris. Cette crise de vingt-quatre heures aurait sauvé la France d'une seconde restauration. J'aurais effacé par une grande victoire l'impression de Waterloo, et j'aurais toujours pu traiter pour mon fils, si les alliés avaient persisté à dire qu'ils n'en voulaient qu'à moi.
Cette fois, vous vous trompez, sire. Non, les bons Français n'ont rien à vous reprocher. Non, vous n'avez pas eu tort de partir. Non il nous fallait, à nous, cette seconde restauration, la révolution de 1830 et celle de 1848 ; il nous fallait cette république qui, toute bâtarde qu'elle est, sera la marraine de toutes les républiques de l'Europe. Il vous fallait à vous, l'hospitalité du Bellérophon, la traversée du Northumberland, l'exil de Sainte-Hélène ; il vous fallait les persécutions de Longwood. Il vous fallait votre longue agonie, comme il fallait au Christ sa couronne d'épines, son Pilate et son Calvaire.
Si vous n'aviez pas eu votre passion, vous ne seriez pas dieu.

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